Un milliard de morts.
Le chiffre avancé par Bill Gates frappe les esprits. Il ne vaut pas prédiction. Il traduit une inquiétude : l’intelligence artificielle a atteint un niveau de puissance qui ne permet plus d’abandonner sa régulation aux seuls acteurs qui la développent.
Le débat change ainsi de nature. Hier, la question était : jusqu’où l’intelligence artificielle peut-elle aller ? Aujourd’hui, elle devient : jusqu’où voulons-nous la laisser aller ?
Entre les deux se trouve le droit.
C’est ce qui rend intéressante une séquence apparue quelques semaines plus tôt à Porto-Novo.
Interrogé le 28 août par des enfants reçus à l’Assemblée nationale sur les dangers de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, Joseph Fifamin Djogbénou refuse la réponse facile de l’interdiction. Il parle d’éducation, de discernement et de responsabilité. Mais il pose aussi la question de l’encadrement législatif.
Le propos mérite d’être considéré au-delà de la circonstance.
L’enjeu n’est déjà plus de choisir entre la technologie et le droit. Il est de savoir comment le droit accompagnera une technologie capable de transformer nos manières d’apprendre, de travailler et de produire, mais aussi de tromper, de surveiller ou de nuire.
C’est toute la difficulté de l’intelligence artificielle : ses promesses et ses risques procèdent de la même puissance. Réguler ne signifie donc pas arrêter le progrès. Réguler, c’est décider ce qui doit rester humain. C’est déterminer les responsabilités. C’est protéger les libertés. C’est empêcher que la puissance technique finisse par fixer elle-même les limites que la société n’aurait pas su définir.
Pour l’Afrique, la question est plus décisive encore. Le continent ne peut être seulement consommateur d’innovations conçues ailleurs et soumis ensuite à des normes élaborées ailleurs. Il doit prendre part à la définition des règles qui gouverneront ces technologies. C’est aussi ce que révèle, à sa manière, la réflexion engagée à Porto-Novo.
Après son échange avec les enfants, Joseph Djogbénou a reçu, en septembre, des experts de l’intelligence artificielle venus du Canada. La rencontre a prolongé la réflexion sur les usages de cette technologie, sa gouvernance et la nécessité d’un cadre adapté. La séquence prend aujourd’hui un relief particulier.
Bill Gates vient de donner à l’alerte une résonance mondiale. Quelques semaines auparavant, Joseph Djogbénou avait déjà placé la question sur le terrain où elle finit nécessairement par arriver dans une démocratie : celui du droit et du législateur. Quand une technologie commence à transformer profondément la société, la question de ses limites finit toujours par se poser. Puis vient le temps du droit et pour l’intelligence artificielle, ce temps est venu.
Romain L. KIKI

