En projection à l’espace le centre de Lobozounkpa dans la commune de Calavi au Bénin le vendredi 02 novembre 2025, le chef-d’œuvre de Henry DUPAC reste d’actualité, tout en faisant voyager le jeune auditoire de ce jour dans le quotidien des ivoirien des années 1980, avant l’imposition de la démocratie à l’européenne dans les anciennes colonies françaises d’Afrique à partir de la conférence de Baule.
Réalisé en 1988 et sorti le 21 juin 1989, Bal poussière est une comédie de format trente-cinq (35) millimètres qui a tenu en haleine le public pendant quatre-vingt-huit (88) minutes.
Encore appelé demi-dieu, Alcaly est l’acteur principal du film. Incarné par Bakari Bamba, Alcaly est un riche planteur qui fait fortune grâce à ses exploitations agricoles et surtout avec ses plantations d’ananas. Puissant et respecté pour sa réussite et sa fortune Alcaly peut tout se permettre ; au point où les habitants le classent entre Dieu et eux, mais au dessus des hommes, ce qui lui confère son surnom de demi-dieu. Au sommet de la puissance de Alcaly, arrive dans le village Bimta, une jeune citadine dévergondée, renvoyée de la ville d’Abidjan vers le village par sa tante qui l’hébergeait à Abidjan, la capitale. Alcaly se laisse séduire par la jeunesse et le caractère exotique de Bimta. Il décide de la prendre pour sixième femmes pour disposer d’une femme dans sa chambre chaque jour de la semaine et de faire du septième jour, un bonus pour celle qu’il va considérer comme la meilleure. Alcaly réunit ses cinq femmes pour les informer de sa décision. Elles acquiessent malgré leurs appréhensions. Avec la complicité d’une de ses femmes et des commerçants du village, Alcaly inonde Sidiki, son futur beau-père et sa future belle-mère Azo de cadeaux et de promesses afin qu’ils lui accordent la main de leur fille de 16 ans.
Incarné par Hanni Tchelley, Bimta est la star du village. Renvoyée de la capitale ivoirienne par sa tante qui estime que la ville lui fait perdre la tête, Bimta est revenue au village. Mais au lieu de se reprendre, Bimta défit les normes sociétales en misant sur sa jeunesse, sa beauté et son groupe d’amies avec qui elle forme les “robeuses”. Après une timide résistance, Bimta adhère au projet de mariage de demi-dieu en fixant des conditions particulières à sa guise. L’arrivée de Bimta dans la maison de demi-dieu bouleverse tout. Une guerre larvée est déclenchée entre la coalition des cinq premières femmes de demi-dieu les “pagneuses” et Bimta. Dans ce conflit Bimta oppose son arrogance, sa mondanité, son style vestimentaire et ses fantasmes aux bonnes manières et la cuisine traditionnelle agrémentée de recettes aphrodisiaques des pagneuses dont demi-dieu fait les frais. Dans ce contexte arrive le jour du bal tant attendu par tout le village. Animé par un groupe musical venu d’Abidjan et mené par un guitariste ancien amant de Bimta à Abidjan.
L’histoire de ALCALY et Bimta rappelle le texte de la chanson Rosie de Francis Cabrel sortie en 1989
Tourné en 1988, Bal poussière est un véritable chef-d’œuvre qui dépeint la société ivoirienne et même ouest-africaine de cette époque. Une époque qui voit les générations des années d’indépendance arriver à maturité (28 ans). Au cours de cette période poste-indépendance, certains africains deviennes producteurs agricoles. Ils produisent comme les exploitations coloniales des produits de rente. Ils œuvrent pour l’essor d’une agriculture qui fait la stabilité des pays restés fidèles à la France. C’était les plus belles années de cette Côte d’ivoire comptée parmi les meilleurs producteurs mondiaux de cacao, et de café et pas des moindres dans la production de l’ananas. Demi-dieu est le prototype de l’exploitant agricole à succès. Son statut rappelle un titre ivoirien on est fatigué de petit Yodé et Pat Sarcko sorti en 2012 au cœur de la crise des années 2000 qui dit : “En deux ans seulement les paysans vont en boîte, l’école est devenue cadeau, cacao a marché, la troisième année qu’on devait prendre pour percer là, vous avez pris pour faire palabre. “Si c’est pas sorcellerie ”…
Bal poussière est un film emblématique du cinéma ivoirien par la qualité du scénario, qui emporte le spectateur au cœur du récit. Un récit relevé par la musique de Boncana Maïga qui s’incruste avec grâce dans les séquences. Bal poussière a eu le mérite de projeter l’auditoire béninois de ce 07 novembre 2025 dans l’univers de demi-dieu à travers l’alternance réussie des plans larges et des plans serrés appuyée par la clarté, la netteté et la précision des prises d’images. Les travellings et les panneaux utilisés donnent l’impression au cinéphile de participer au récit. La réussite des plongés à cette époque offre une vue panoramique de la métropole et des paysages rurales de la Côte d’Ivoire. Toutes choses qui rappellent et rappellent le statut du pays des éléphants avant les crises politiques. Une réussite qui interpelle la jeune génération des réalisateurs des années 2020 qui bénéficient de matériels qui facilitent ces prouesses. Bal poussière a le mérite d’avoir réussi son casting. Cette réalisation a distribué Assiki Delta, qui a réalisé la série “Ma famille” plus d’une décennie plus tard. Elle a incarné avec succès le rôle de l’une des femmes de demi-dieu. D’un naturel déroutant face à la caméra les acteurs incarnent tous leurs personnages à la perfection. Ignorant la présence de la caméra, les comédiens incarnent leurs rôles comme s’il s’agissait de leur quotidien.
Bal poussière a connu une belle carrière ponctuée de distinctions : grand prix de la critique du festival de Chamrousse 1989, prix de la meilleure réalisation du festival de films de fort de France 1989, prix de la critique du festival de films francophones de Namur 1989. Le réalisateur de Bal poussière Henry Dupac a connu lui-même une grande carrière. Entre autres distinction, la première édition de Quintessence, le festival de film de Ouidah lui a rendu hommage de son vivant en 2003 avant sa mort en 2009.
Bal poussière est à nouveau en projection à l’espace culturel « Le Centre » de Lobozounkpa le 02 octobre 2026
TG



