Ce jeudi 24 septembre 2026, la capitale économique ivoirienne est devenue le centre de gravité de l’hydro-diplomatie et de la gouvernance de l’eau en Afrique de l’Ouest. L’Hôtel Radisson Blu d’Abidjan a abrité l’ouverture officielle de la première édition du Forum Régional de l’Eau de l’Afrique de l’Ouest (FREAO), un rendez-vous historique pour l’avenir des ressources hydriques de la sous-région. 

Organisé par la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à travers son Centre de Gestion des Ressources en Eau (CGRE), en collaboration avec l’UEMOA, le CILSS et la République de Côte d’Ivoire, l’événement rassemble près de 200 personnes décideurs politiques, chercheurs, acteurs du secteur privé, de la société civile et Partenaires Techniques et Financiers. Présidée par le Premier ministre de la Côte d’Ivoire, Robert Beugré Mambé, la cérémonie d’ouverture a mis en lumière un défi vital et transfrontalier car la région fait face à une réalité géographique unique.

En effet, l’Afrique de l’Ouest abrite 28 bassins hydrographiques partagés qui couvrent près de 71 % de sa superficie totale et interconnectent un demi-milliard d’habitants, représentant le tiers de la population africaine. À l’exception du Cap-Vert, chaque État de la région partage au moins un cours d’eau avec un voisin, ce qui lie indéfectiblement leurs destins par l’eau. Lors de son mot de bienvenue, le Ministre ivoirien des Eaux et Forêts, Jacques Assahoré Konan, a rappelé que le fleuve Niger, le fleuve Sénégal, la Volta, le lac Tchad, la Gambie ou encore la Comoé nous rappellent cette interdépendance rare qui fait de la gestion partagée de la ressource non pas une option, mais une nécessité stratégique pour préserver la paix, le développement et la résilience climatique.

Loin d’être un simple espace de discussion, ce forum est l’aboutissement d’un long travail technique et méthodique inscrit dans le processus régional de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) a soutenu le Ministre des Eaux et Forêts. Il a ajouté que les assises ont été minutieusement préparées par la 13ème session du Comité Technique des Experts puis par la 6ème session du Comité Ministériel de Suivi. Nourris par les diagnostics rigoureux de quatre Groupes Thématiques Régionaux, les débats des deux prochains jours s’articulent autour de quatre priorités majeures que sont le Nexus Eau Alimentation Énergie Environnement pour briser la fragmentation de la gouvernance, le financement des infrastructures via des mécanismes innovants comme les partenariats public-privé et les fonds climatiques, l’inclusion sociale pour corriger la sous-représentation des femmes et des jeunes, et enfin l’hydro-diplomatie pour faire de l’eau un levier permanent de paix. Le Commissaire de l’UEMOA, Mahamadou Gado, a d’ailleurs exhorté à un changement de paradigme profond en affirmant qu’il faut changer le regard sur l’eau qui ne doit plus être vue comme une ressource à gérer mais comme un levier de transformation.

Le Premier ministre, Robert Beugré Mambé, a quant à lui élevé le débat au niveau stratégique en rappelant que décider de gérer l’eau ensemble à l’échelle régionale est avant tout un choix politique. Selon lui, gérer l’eau n’est pas seulement construire des ouvrages et adopter des textes mais c’est bâtir la confiance entre les États, harmoniser les politiques et faire en sorte que la ressource qui traverse les frontières rapproche au lieu de diviser. Abordant de front le contexte sécuritaire et les évolutions géopolitiques de la sous-région, le Chef du Gouvernement ivoirien a livré une analyse profonde en affirmant que c’est précisément dans les temps d’incertitude que la coopération autour des problèmes vitaux prend toute son importance car les fleuves ne connaissent ni les frontières, ni les divergences d’opinion, et continueront de couler à travers les territoires. Soutenant fermement l’institutionnalisation du FREAO comme un cadre biennal indispensable pour coordonner les efforts, le Premier ministre a réitéré l’engagement historique et constant de la Côte d’Ivoire, sous le leadership du Président Alassane Ouattara, matérialisé par l’adoption d’un nouveau Code de l’eau en 2023.

Au-delà de l’agenda local, le FREAO d’Abidjan prolonge la dynamique du 9ème Forum Mondial de l’Eau de Dakar et s’aligne avec la proclamation par l’Union Africaine de 2026 comme Année de l’Eau. Ce rendez-vous sert surtout ainsi d’incubateur pour consolider et unifier les positions ouest-africaines avant la grande Conférence des Nations Unies sur l’Eau, prévue en décembre 2026 à Abu Dhabi. L’ambition affichée par le chef du gouvernement ivoirien, Robert Beugré Mambé, est que l’Afrique de l’Ouest s’y présente unie, préparée et solidaire afin de valoriser ses 25 ans d’expertise en GIRE pour capter les financements climatiques mondiaux indispensables pour combler le déficit structurel de la région. En formant le vœu que la voix qui s’élèvera d’Abidjan soit précisément celle que la région portera au monde, le Premier ministre a officiellement déclaré ouverte cette première édition historique.

Alain TOSSOUNON (Envoyé spécial)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici