Comment mieux protéger ceux qui signalent des faits susceptibles de porter atteinte à l’intérêt général ? Et comment garantir que les alertes reçues soient traitées avec sérieux et impartialité ? Ces questions sont au cœur des journées scientifiques d’études Togo-Bénin consacrées aux lanceurs d’alerte, ouvertes ce mardi 22 septembre 2026, à la salle de conférence de la Chaire UNESCO des droits de l’homme et de la démocratie de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac).
La rencontre réunit universitaires, juristes, praticiens du droit et acteurs institutionnels autour d’une problématique qui touche à la fois à la transparence, à la responsabilité et à la protection des droits et libertés. « Un lanceur d’alerte, c’est celui qui dénonce, qui raconte. Il n’est pas un héros, mais il est au service de l’intérêt public », a relevé le professeur Samson Igor Guedegbe, titulaire de la Chaire UNESCO des droits de l’homme et de la démocratie. Pour lui, si le lanceur d’alerte mérite protection, cette protection doit aller de pair avec une réflexion sur sa responsabilité.
Cette nécessité de trouver un équilibre est également ressortie de l’intervention du professeur Léopold Kohoun, représentant du Programme Redevabilité. Il a appelé à réfléchir aux conditions permettant de garantir la confidentialité lorsque celle-ci est nécessaire, mais également à la crédibilité des signalements et aux mécanismes de réception et de traitement des alertes. L’enjeu, pour lui, concerne aussi la capacité des institutions à donner une suite appropriée aux informations reçues. Pour le représentant du Programme Redevabilité, l’alerte doit pouvoir contribuer à la prévention des pratiques préjudiciables et, lorsque les faits sont établis, déboucher sur une action.
La dimension juridique de cette réflexion a été également mise en avant au cours de la cérémonie. Représentante de l’Association Henri Capitant en France, la professeure Claire Sejean a souligné l’intérêt du dialogue entre différentes communautés juridiques et du droit comparé pour faire évoluer les législations. La présence de l’association dans ces journées s’inscrit, selon elle, dans sa vocation à favoriser les échanges entre juristes et à comparer les réponses apportées par différents systèmes de droit.
Représentant le recteur de l’Uac, le vice-recteur chargé de la recherche universitaire, le professeur Aliou Saïdou, a insisté sur la nécessité d’animer la vie scientifique à travers les colloques et autres activités de recherche. Il a notamment encouragé les doctorants à participer à ces espaces d’échanges, qui contribuent à leur formation et à la dynamique de la recherche.
Président du comité d’organisation, le professeur Gildas Nonnou a, pour sa part, salué la mobilisation des différents partenaires autour de cette initiative et l’intérêt suscité par le thème.
Au travers de panels et communications, les journées scientifiques Togo-Bénin doivent permettre d’approfondir les réflexions sur la protection juridique des lanceurs d’alerte, la confidentialité des signalements, leur responsabilité et les mécanismes institutionnels destinés à recevoir et traiter les alertes. Une question demeure en toile de fond : comment faire de l’alerte un véritable outil de protection de l’intérêt général, sans exposer indûment celui qui prend la responsabilité de parler ?
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE
