Sorties après le premier tour de la coupe du monde féminine U20, Pologne 2026, les Amazones du Bénin sont rentrées au bercail, le dimanche 13 septembre 2026. Certes inachevée, l’histoire écrite par Abdoulaye Ouzérou et ses pouliches restera indélébile dans les annales du football féminin africain et singulièrement béninois. Dans une sortie médiatique sur Bénin TV, le sélectionneur national Abdoulaye Ouzérou revient sur l’expédition polonaise de son équipe, son avenir avec la sélection U20 et ses projets à court et à long terme.
Quelle est votre appréciation de l’équipe du Bénin aujourd’hui par rapport au niveau mondial ?
Abdoulaye Ouzérou : « C’est vrai, c’est pas mal déjà de sortir parmi les 54 pays africains quatrièmes et de se qualifier pour la Coupe du Monde. Mais on a eu quand même un niveau très, très élevé. C’est vrai, je m’y attendais. Je connais quand même ce football depuis quelques années parce qu’on a joué contre des professionnels. Pendant ce temps, j’ai encore certaines filles qui sont au collège en troisième. Donc quand vous êtes en troisième, vous entraînez deux fois par semaine et que vous jouez contre des filles qui ont sept séances la semaine et un match à haute intensité, surtout tous les week-ends, c’est compliqué. Mais je pense sincèrement qu’on a une carte à jouer parce qu’on a fait quand même de belles choses sur le continent et qu’aujourd’hui on se positionne très très bien. Il va falloir juste renouveler ce genre de participation parce que quand je prends le Mexique contre qui on a joué et qu’on a fait deux buts partout, ça fait leur onzième participation consécutive. Ça veut dire 22 ans de haut niveau. 22 ans c’est pas rien. Nous, il y a cinq ans je l’ai dit l’équipe n’existait pas je l’ai mené il y a cinq ans au niger pour son premier match officiel. Donc en cinq ans arrivé à une coupe du monde, je le répète peut-être que parfois certains ne mesure pas la grandeur de la chose : c’est extraordinaire, parce qu’il y a encore trois ans on n’arrivait pas à aligner deux passes. Il y a trois ans aujourd’hui on est à une coupe du monde, on fait rêver les gens que moi j’ai juste envie de remercier ces filles là parce que voilà elles ont beaucoup progressé. Il nous reste beaucoup. Le niveau est vraiment très très élevé tactiquement, techniquement et même physiquement, on était en difficulté. Pourtant, les stéréotypes voudraient que les africains soient toujours automatiquement, dès qu’on voit un africain qui soit beaucoup plus fort qu’un Blanc. C’est un stéréotype qui a été bafoué, parce que même physiquement, les plus coriaces comme Germaine ou Romaine ont eu des difficultés, parce qu’elles n’ont jamais connu le travail en salle de musculation, ce qui est une exigence au niveau du football féminin à l’international, avec trois séances de musculation par semaine. Donc on voit un peu là où on se situe et je pense qu’on va y arriver parce qu’on travaille très dur. »
Vous-même, en tant que coach, vous avez certainement grandi, à travers cette compétition, autant que les joueuses.
»Forcément. Humainement, déjà, j’ai grandi parce que j’ai passé quand même sept semaines à peu près avec ces filles. J’ai vécu des choses exceptionnelles. Une vraie vie de famille. Et après ça, techniquement, oui. Parce que quand vous vous confrontez à ce genre d’équipe et que vous voyez autour de vous le comportement des staffs adverses, du sélectionneur adverse et que vous voyez le niveau d’exigence sur le terrain, forcément, vous en prenez de la graine. On va continuer à travailler. Moi je suis du genre à vouloir toujours travailler, à partir vers les autres, essayer de savoir comment ça se fait parce que quoi qu’on dise je suis un jeune coach. Je suis très jeune dans le métier. J’ai commencé,je dirais avec beaucoup de succès parce que automatiquement les résultats sont arrivés donc c’est souvent difficile après parce que quoi qu’il arrive vous tomberez et voilà ça fait partie du métier et je m’attends à cela et aujourd’hui, j’aspire à aller encore faire des stages, beaucoup de stages en immersion en Europe et aussi finir ma formation au niveau de la licence CAF A dans les plus brefs délais. »
Cette Coupe du Monde se termine. Mais l’histoire, elle, ne fait que commencer?
»Oui, je pense. On ne va pas trahir un secret, on a toujours été plein en mission. Il y a cinq ans, je disais qu’on pourrait aller à une Coupe du Monde U20, beaucoup ont rigolé, aujourd’hui c’est fait. Maintenant, l’objectif, il y a cinq ans aussi, je disais que j’avais envie de former ces filles-là,parce que je les ai prises à 15 ans, 16 ans, pour qu’on puisse avoir une équipe A de très haut niveau dans les prochaines années. Nous n’y sommes pas loin, de l’objectif. On a échoué d’ailleurs de peu pour les qualifications pour la dernière Coupe d’Afrique des Nations en tombant contre le Nigeria 2-0 à domicile et 1 but partout au Nigeria. Le Nigeria n’avait pas depuis plus de 25 ans fait un match nul à domicile, il n’y avait que de victoire. Donc aujourd’hui l’objectif, ce sera de se qualifier pour la Coupe d’Afrique des Nations chez les A et aussi pourquoi pas une Coupe du Monde chez les A, je sais que nous pouvons le faire et moi je sais qu’on a de braves filles qui vont nous permettre d’arriver à ce niveau. »
Est-ce que vous continuez, vous poursuivez plutôt l’aventure avec les U20 ?
»Difficile de le dire. Personnellement, je sais ce que j’ai envie de faire, c’est vrai. Mais la présidence, il faudrait quand même que j’informe d’abord mon administration et qu’on en discute clairement. Mais vous savez, il y a beaucoup de jeunes de mon âge, entraîneurs de foot, qui ont envie de faire ce métier et qui ont envie d’être à cette place-là. Donc si demain, je n’étais plus là, je serais bien content d’avoir quand même laissé ici cette équipe à ce niveau. Et si je devais aller sur d’autres terrains, il n’y a pas de problème. Pour moi, la porte est ouverte. J’ai une idée de ce que j’ai envie de faire, mais il faudra quand même que ce soit confirmé d’abord après une discussion avec mon administration pour savoir si j’ai encore ma place là ou pas. »
Jeraud LANGANFIN GLELE



