Derrière les murs discrets du quartier Ladjifarani, des vies se reconstruisent chaque jour dans le silence. Enfants abandonnés, femmes victimes de violences, personnes handicapées, ménages en détresse, jeunes sans repères… Tous peuvent un jour franchir les portes du Centre de Promotion Sociale (CPS). Longtemps perçu comme un simple service administratif, le CPS est pourtant l’un des maillons essentiels de la protection sociale. Immersion au cœur d’une institution qui protège, accompagne et oriente sans faire de bruit.

Au quartier Ladjifarani, à Parakou, se trouve le Centre de Promotion Sociale (CPS). Rien, de l’extérieur, ne laisse deviner l’ampleur du travail qui s’y accomplit. Pourtant, derrière ses bureaux modestes, des dossiers racontent chaque semaine des histoires de souffrance, d’espoir et parfois de renaissance.

Le Centre de Promotion Sociale est une structure du ministère des Affaires sociales et de la Microfinance. Sa mission paraît simple : accueillir, écouter, protéger et accompagner les personnes en situation de vulnérabilité. « Dans chaque commune, il existe au moins un Centre de Promotion Sociale. À Parakou, nous en avons deux : l’un à Ladjifarani et l’autre à Tïbonan », explique la cheffe du centre, Ekoué T. Rosalie. Mais derrière cette définition administrative se cache une réalité beaucoup plus vaste.

Le refuge des oubliés

Au CPS, il n’existe pas de profil unique. Chaque jour, des femmes victimes de violences conjugales viennent y chercher écoute et protection. Des enfants abandonnés, maltraités ou retrouvés dans la rue y sont accueillis. Des personnes âgées sans soutien, des personnes vivant avec un handicap, des orphelins, des familles en situation d’extrême précarité ou encore des jeunes sans ressources peuvent y trouver une oreille attentive.

Le centre intervient également dans les conflits familiaux, avec l’objectif de favoriser le dialogue et de prévenir leur aggravation. « Nous recevons tout le monde. Le CPS n’est pas réservé aux femmes. Les hommes aussi peuvent être victimes de violences et venir demander de l’aide », insiste la responsable.

Bien plus que des conseils

Contrairement aux idées reçues, le CPS ne se limite pas à écouter. Selon les situations, les équipes orientent les victimes vers une prise en charge psychologique, juridique ou médicale. Elles les accompagnent également dans leurs démarches administratives et assurent leur suivi.

Pour les enfants vivant avec un handicap moteur, des séances de rééducation sont organisées chaque mercredi et vendredi. Lorsque certains cessent de venir, les agents se déplacent jusqu’à leur domicile afin de maintenir le suivi.

Le centre facilite également l’obtention de fauteuils roulants, de béquilles et d’autres matériels adaptés grâce à l’appui de plusieurs partenaires.

Donner une seconde chance

Le CPS intervient aussi dans l’autonomisation économique. Des ménages pauvres peuvent bénéficier d’un appui financier pouvant atteindre 50 000 francs CFA pour développer une activité génératrice de revenus. Les orphelins et enfants vulnérables reçoivent également des aides adaptées à leurs besoins.

Quant aux femmes victimes de violences basées sur le genre, elles peuvent être orientées vers des formations professionnelles en fabrication de savon, cosmétique, perlage, restauration ou petits commerces, avant de recevoir le matériel nécessaire à leur installation.

Des partenaires comme Médecins du Monde, CARE International, Educo ou encore l’UNICEF accompagnent le CPS dans plusieurs de ces programmes. Le centre facilite également l’apprentissage de jeunes issus de familles vulnérables, en prenant en charge une partie de leurs frais de formation.

Les enfants d’abord

La protection de l’enfant reste l’une des missions les plus sensibles du centre. Lorsqu’un enfant est retrouvé abandonné, victime de maltraitance ou intercepté dans un réseau de trafic, il est pris en charge.

En attendant de retrouver sa famille ou que la justice statue sur son cas, il peut être confié à une famille d’accueil soigneusement sélectionnée après plusieurs enquêtes sociales. Ces familles bénéficient d’un accompagnement financier destiné à assurer la prise en charge quotidienne de l’enfant.

Mais toutes les interventions ne se déroulent pas dans les bureaux. Les agents organisent régulièrement des campagnes de sensibilisation dans les quartiers, les villages, les écoles et sur les radios locales afin d’informer les populations sur leurs droits et les dispositifs de protection existants.

Pourtant, beaucoup continuent d’ignorer l’existence même du CPS

« Certaines personnes pensent que nous distribuons uniquement de l’argent. D’autres n’osent pas venir de peur que leur problème soit immédiatement transmis à la police. C’est faux. Nous sommes d’abord un service d’écoute, d’accompagnement et de médiation », précise Ekoué T. Rosalie.

Cette méconnaissance du rôle du CPS explique sans doute pourquoi certains attendent d’être au bord de l’impasse avant de pousser sa porte. Pourtant, le centre n’est pas seulement un lieu où l’on vient chercher une aide matérielle. C’est aussi un espace où l’on peut être écouté, orienté, accompagné et parfois aidé à retrouver les moyens de se relever.

Derrière chaque dossier, il y a une histoire. Derrière chaque histoire, une personne. Et derrière chaque personne, un droit à la dignité et à la protection.

Le CPS travaille dans cette discrétion qui caractérise souvent les métiers de l’aide. Il ne fait pas toujours la une, ne s’impose pas dans le paysage et reste encore méconnu de nombreux citoyens. Pourtant, pour ceux qui franchissent sa porte au moment où tout semble vaciller, cette porte peut représenter bien plus qu’un simple accès à un service public.

Parfois, une vie ne bascule pas parce que tous les problèmes ont disparu, mais simplement parce que, dans un moment de détresse, quelqu’un a accepté d’écouter. Au CPS, cette écoute peut être le début d’un nouveau chemin.

Fayçal DRAMANE

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