Derrière le lancement du chantier Sètto-Dassa-Zoumé, mardi 9 septembre, se joue une bataille économique régionale. Celle de la compétitivité du port autonome de Cotonou et de l’intégration des marchés ouest-africains.

Une route, une stratégie

Un chantier routier de 38,740 kilomètres peut sembler modeste rapporté à l’échelle d’une sous-région. Rapporté au corridor Cotonou-Niamey, il change de nature. Le tronçon Sètto-Dassa-Zoumé constitue un maillon de la route nationale inter-État n°2, l’artère par laquelle transite une part déterminante du fret entre le littoral béninois et les pays enclavés du Sahel.

Le président de la République a présidé mardi, à la nouvelle préfecture de Dassa-Zoumé, la cérémonie de lancement des travaux. La reconstruction en 2×2 voies durera trente-six mois et comprendra la construction d’un second pont sur le fleuve Zou. Le marché a été attribué au groupement SOGEA SATOM et SOGEA SATOM Bénin.

207 kilomètres, 288 milliards de francs CFA

Le ministre du Cadre de vie et des Transports a inscrit le chantier dans un ensemble : « le tronçon Sètto-Dassa-Zoumé dont nous procédons au lancement aujourd’hui s’inscrit pleinement dans le chantier global structurant : la reconstruction en 2×2 voies de la route nationale inter-État n°2 sur le tronçon Cotonou-Allada, Bohicon-Dassa-Zoumé long de 207 km au total pour un investissement global de 288 milliards de francs CFA. »

Rigueur, célérité et qualité : le ministre a résumé en trois mots les exigences du gouvernement à l’égard des entreprises attributaires.

Le montage financier

Le coût du projet s’élève à 291 millions de dollars américains. Le gouvernement des États-Unis d’Amérique en finance 202 millions à travers le Millennium Challenge Corporation. Le gouvernement de la République du Bénin apporte les 89 millions restants.

La mise en œuvre revient au Millennium Challenge Account-Bénin Régional, à travers deux instruments complémentaires : le projet Infrastructure du corridor, qui porte le volet physique, et le projet Efficacité des opérations du corridor, qui traite des procédures, des contrôles et de la fluidité administrative. L’un construit la route, l’autre s’attaque à ce qui, sur un corridor, coûte souvent plus cher que le bitume : le temps perdu.

Ce que gagnent les opérateurs

Les effets attendus sont explicites. La 2×2 voies doit améliorer la fluidité du trafic, renforcer la sécurité des usagers et réduire les coûts d’exploitation des véhicules. Elle doit réduire les délais et les coûts de transport pour les opérateurs économiques de la sous-région et faciliter l’intégration des marchés au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.

 

Pour le port autonome de Cotonou, l’enjeu est direct. Un port ne vaut que par la qualité de ses arrières-pays. Chaque heure gagnée vers Niamey pèse dans le choix des chargeurs sahéliens entre corridors concurrents.

En reconstruisant cet axe, le Bénin consolide sa réputation de porte maritime des pays de l’hinterland et renforce la compétitivité de sa plateforme portuaire.

Le calcul est connu des logisticiens : sur un trajet Cotonou-Niamey, le coût du fret ne dépend pas seulement de la distance, mais de la vitesse commerciale moyenne, de la prévisibilité des délais et du taux d’immobilisation des véhicules. Un tronçon dégradé pèse sur les trois à la fois. Il ralentit, il rend le délai incertain et il use le matériel. C’est cette triple pénalité que la reconstruction en 2×2 voies entend lever sur près de quarante kilomètres.

Sur le terrain, la fierté

Cette lecture stratégique n’échappe pas à ceux qui vivent de la route. [Prénom Nom], [âge] ans, transitaire à [localité], était dans l’assistance : « J’ai vu le président et j’ai compris que c’était sérieux. Nous, on perd des heures sur ce tronçon, parfois une demi-journée. Ces heures-là, ce sont des marchandises qui arrivent en retard à Niamey. Quatre voies, c’est de l’argent pour tout le monde. »

[Prénom Nom], [âge] ans, chauffeur de poids lourd sur l’axe Cotonou-Malanville, ne cachait pas son émotion : « Depuis vingt ans que je fais cette route, c’est la première fois que je vois un chef de l’État venir la lancer. J’étais debout à côté de mon camion, je n’ai pas bougé. On nous a écoutés. »

Chez les commerçantes, l’enthousiasme portait sur d’autres bénéfices. « Mes produits viennent du Nord », explique [Prénom Nom], [âge] ans, revendeuse au marché de [localité]. « Quand le transporteur met plus de temps, je paie plus cher, et je vends plus cher. Voir le président ici pour cette route, c’était un grand jour. J’ai crié comme tout le monde. »

Trois ans de chantier

Le calendrier est posé : trente-six mois. Les riverains devront composer avec les déviations et le bruit des engins. Le gouvernement, lui, a insisté sur la célérité.

Sur le corridor Cotonou-Niamey, la concurrence entre ports de la côte ne laisse guère de place aux calendriers glissants. C’est aussi cette urgence-là que le lancement de mardi entendait signifier.

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