Alors que les artistes béninois investissent de plus en plus les plateformes numériques, les réseaux sociaux et les scènes internationales, le nouveau cadre juridique consacré à leur statut semble encore peu précis sur ces nouvelles réalités professionnelles. Streaming, création de contenus, revenus numériques, tournées internationales ou encore coproductions : autant de pratiques qui transforment le métier d’artiste et posent désormais une question essentielle : le nouveau statut est-il suffisamment adapté à la carrière artistique du XXIᵉ siècle?

Le métier d’artiste a changé

Depuis le précédent cadre juridique de 2011, le paysage culturel a profondément évolué. L’artiste ne dépend plus uniquement d’une salle de spectacle, d’un festival, d’une galerie ou d’un producteur traditionnel pour faire connaître son œuvre. Un musicien peut aujourd’hui diffuser directement sa musique sur les plateformes de streaming. Un comédien peut toucher un public international grâce aux réseaux sociaux. Un photographe peut vendre ses créations en ligne. Un danseur peut-être repéré à partir d’une vidéo publiée sur Internet. Un conteur peut construire une communauté numérique sans passer par les circuits classiques de diffusion. Le numérique est ainsi devenu à la fois un espace de création, de diffusion, de promotion et parfois de rémunération. Mais cette transformation soulève de nouvelles questions juridiques et économiques.

Qui rémunère l’artiste quand l’œuvre circule en ligne ?

La diffusion numérique bouleverse notamment la relation entre l’œuvre et son public. Lorsqu’une chanson est écoutée des milliers de fois sur une plateforme, lorsqu’une vidéo devient virale ou lorsqu’un contenu artistique est repris sur les réseaux sociaux, comment les revenus sont-ils calculés ? Qui les perçoit ? Quels droits reviennent réellement à l’artiste ? Comment contrôler l’utilisation de son œuvre lorsqu’elle circule de plateforme en plateforme ?

Le nouveau cadre reconnaît largement les industries culturelles et créatives, mais ces nouvelles pratiques numériques appellent des mécanismes beaucoup plus précis. Car reconnaître l’artiste comme professionnel ne suffit plus. Il faut également être capable de protéger son activité là où elle se développe désormais : sur les écrans.

L’artiste béninois ne s’arrête pas aux frontières

L’autre grande réalité laissée en arrière-plan est celle de la mobilité internationale. Les carrières artistiques contemporaines sont de moins en moins enfermées dans les frontières nationales. Un artiste béninois peut être invité à un festival au Burkina Faso, effectuer une résidence en France, participer à une coproduction en Côte d’Ivoire, présenter une création au Sénégal ou collaborer à distance avec une compagnie européenne.

Pour les artistes, la circulation internationale n’est donc pas un luxe. Elle peut devenir une condition de développement d’une œuvre et d’une carrière.

Mais cette mobilité suppose des démarches administratives, des visas, des contrats, des assurances, des questions fiscales, des droits d’auteur et parfois la reconnaissance du statut professionnel dans le pays d’accueil.

Une carrière internationale, mais avec quels outils ?

Un artiste peut avoir une œuvre reconnue à l’étranger sans pour autant disposer d’un véritable accompagnement pour organiser sa mobilité. Une compagnie invitée à l’étranger doit pouvoir comprendre ses obligations contractuelles. Un artiste doit pouvoir défendre ses droits lorsqu’il travaille avec un partenaire étranger. Une structure culturelle doit pouvoir sécuriser une coproduction internationale.

Le statut de l’artiste aurait donc pu constituer une occasion de mieux prendre en compte cette dimension internationale du métier.

La question est d’autant plus importante que la circulation des œuvres peut contribuer au rayonnement culturel du Bénin. Lorsqu’un artiste voyage, ce n’est pas seulement son nom qui circule : c’est aussi une langue, une histoire, une esthétique et une partie de l’identité culturelle du pays.

Le statut devra-t-il déjà être révisé demain ?

Le problème n’est finalement pas que le nouveau texte ne puisse pas tout prévoir. Aucun cadre juridique ne peut anticiper toutes les transformations d’un secteur aussi mouvant. Mais le véritable enjeu est sa capacité à évoluer avec le métier.

Le streaming continuera de transformer la musique. L’intelligence artificielle bouleversera les pratiques de création. Les réseaux sociaux continueront de modifier les rapports entre artistes et publics. Les collaborations internationales se multiplieront. De nouveaux métiers culturels apparaîtront probablement avant même que les textes aient eu le temps de les définir.

Le nouveau statut constitue donc une avancée. Mais pour rester pertinent, il devra être accompagné de textes d’application capables de répondre aux réalités contemporaines et, surtout, d’une capacité institutionnelle à actualiser régulièrement les règles du secteur. Car aujourd’hui, un artiste peut créer au Bénin, être regardé à Paris, écouté à Montréal, programmé à Dakar et rémunéré par une plateforme située à l’autre bout du monde.

La question n’est donc plus seulement de savoir si le Bénin reconnaît l’artiste comme un professionnel. Il faut désormais savoir si son statut est capable de suivre son œuvre lorsqu’elle quitte la scène pour entrer dans le monde numérique et lorsqu’elle franchit les frontières.

Fayçal DRAMANE

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