Il est parti chez lui, à Adja-Ouèrè, là où tout avait commencé. Séfou Fagbohoun, homme d’affaires, fondateur du Mouvement africain pour le développement et le progrès ( Madep), ancien député, s’est éteint ce samedi 22 août 2026 à l’âge de 80 ans. Son inhumation a eu lieu ce dimanche 23 août 2026, dans l’intimité familiale, au quartier Oké-Odan. 

Homme d’affaires aguerri, créateur du Madep en 1997, député à 3 reprises, Séfou Fagbohoun a profondément impacté la vie du Bénin. Avec lui disparaît l’un des plus grands noms de la vie socio-politique et économique du Bénin des 30 dernières années.

De l’école aux Dragons, de la politique à la prison

Son itinéraire force le respect. Sous le régime de Mathieu Kérékou, il se fait d’abord connaître en faisant don à l’État d’un établissement scolaire moderne d’une valeur de plusieurs centaines de millions.

Il se lance ensuite dans le football comme principal bailleur puis président des Dragons de l’Ouémé. Grâce à lui, le club recrute des stars comme Abédi Pelé en 1984 et le gardien nigérian Peter Rufai.

La politique l’appelle. En 1997, il fonde le Mouvement africain pour le développement et le progrès (Madep). En 2003, le parti décroche 9 sièges sur 83 à l’Assemblée nationale. Un coup dur pour le Parti du renouveau démocratique (Prd) d’Adrien Houngbédji et un soutien décisif à la mouvance Kérékou.

Mais la gloire côtoie les épreuves. Le 4 juin 2006, il est interpellé dans l’affaire Sonacop. Il passera deux ans en détention avant d’être libéré en 2008. Malgré la maladie et la perte de la vue due au diabète ces dernières années, il est resté une figure écoutée jusqu’au bout.

Classé parmi les plus grandes fortunes du Bénin, il aura marqué les affaires, le sport, la politique et l’engagement social.

« Un patriarche, un homme d’influence » : le Bénin lui rend hommage

Depuis l’annonce de son décès, les hommages affluent de Cotonou à Adja-Ouèrè.

Le Président de la République, Romuald Wadagni, retient l’empreinte nationale : « Avec lui s’éteint une personnalité dont le parcours aura traversé plusieurs décennies de l’histoire du Bénin contemporain… Que la terre de nos ancêtres lui soit légère. Repose en paix, Patriarche. », a-t-il déclaré.

Le Président de l’Assemblée nationale, Joseph Fifamè Djogbénou, évoque l’homme de conviction et de sagesse : « Il aura traversé plusieurs décennies de notre vie nationale avec ses convictions… Les arbres qui ont donné beaucoup d’ombre demeurent dans la mémoire de ceux qu’ils ont abrités. Allez en paix, Patriarche. », lance le président de l’Assemblée nationale.

Le plus poignant vient de celui qu’il a lancé en politique. Louis Gbèhounou Vlavonou, Vice-président du Sénat, lui rend un hommage personnel : « Je lui dois cette première chance. Je lui dois cette confiance initiale. Et je n’oublierai jamais ce que cela représente. Je garde de lui le souvenir d’un patriarche, d’un homme politique de conviction, d’un homme d’influence, mais surtout celui d’un aîné qui a compté dans ma construction politique. Patriarche, votre disparition me rappelle que la reconnaissance ne doit jamais attendre la disparition de ceux à qui nous devons une part de ce que nous sommes. », s’est-il ému.

Du côté du gouvernement, le Ministre de l’Enseignement Secondaire, Prof. Adéyèmi Clément Kouchadé, originaire du Plateau, s’incline devant  le Baobab : « Le Bénin perd aujourd’hui un bâtisseur infatigable, un homme d’affaires émérite, altruiste et philanthrope. Le Baobab Ladekpo a été une figure majeure de notre histoire politique nationale. Pour nous, ses filles et fils du département du Plateau, il restera à jamais un guide, un modèle de générosité et un conseiller sage… J’ai d’ailleurs eu à aller prendre ses sages conseils et ses bénédictions après ma prise de fonction de Ministre en mai 2026. Que Allah, le Tout-Puissant l’accueille dans sa félicité céleste. Puisse la terre de nos aïeux lui être légère. », a souhaité le ministre.

Plusieurs cadres et personnalités politiques du Bénin ont également salué la mémoire d’un bâtisseur du Plateau.

Un vide pour le Plateau et pour le Bénin

Sa disparition laisse un vide. Le Bénin perd un patriarche. Adja-Ouèrè perd son fils le plus illustre.

Thomas AZANMASSO 

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