De l’ouverture matinale à la fermeture des cabines, les agents Mobile Money assurent chaque jour des centaines d’opérations de dépôt, de retrait et de transfert. Mais derrière ce service devenu indispensable à Parakou se cache une réalité moins visible : salaires modestes, pression des clients, risques d’erreurs et pertes parfois supportées directement par les employés.
Dans la cité des kobourou, les cabines Mobile Money font désormais partie du paysage quotidien. Dès les premières heures de la matinée, certains agents prennent leur poste à 7 heures, d’autres à 8 heures, pour accueillir les clients venus effectuer un dépôt, retirer de l’argent, transférer des fonds ou régler diverses opérations. Pour beaucoup d’usagers, ces petites cabines constituent le premier point de contact avec les services financiers numériques.
Mais derrière la simplicité apparente d’une transaction se joue un travail qui exige concentration, rapidité et vigilance. Une erreur dans un numéro, un montant mal saisi ou une mauvaise manipulation peut avoir des conséquences financières pour l’agent.
Richard Djato, employé depuis un an dans une cabine, décrit la pression à laquelle les agents comme lui sont confrontés. « La partie la plus difficile, c’est la pression des clients. Quand il y a beaucoup de clients qui veulent être servis aux mêmes moments, tu peux faire banalement une erreur de chiffre. »
Hindou Bagana, employée depuis quelques mois, partage cette expérience. « La pression des clients nous induit souvent en erreur. Le plus grand risque de ce travail se trouve au niveau des transactions », explique-t-elle.
Une vigilance permanente
La journée d’un agent Mobile Money ne se résume pas à saisir des chiffres sur un téléphone. Il faut gérer simultanément les liquidités disponibles, vérifier les informations fournies par les clients, répondre aux demandes et rester attentif aux éventuelles tentatives de fraude.
À cela s’ajoutent les problèmes techniques. Une panne ou un ralentissement du réseau au moment d’une opération peut rapidement provoquer l’incompréhension d’un client, voire des accusations d’erreur ou d’arnaque à l’encontre de l’agent.
Pour limiter les risques, certains agents ont développé leurs propres habitudes de travail. Ils demandent notamment aux clients de rester devant le guichet et évitent qu’ils se placent à leurs côtés pendant les opérations. Mais la principale inquiétude reste financière.
Quand l’erreur devient une dette
Selon les témoignages recueillis, les employés perçoivent généralement un salaire fixe compris entre 25 000 et 30 000 FCFA par mois. À cette rémunération s’ajoute la crainte de devoir supporter financièrement les pertes liées aux erreurs ou aux écarts constatés dans les opérations.
Samadou, employé dans une cabine Mobile Money depuis deux ans, explique : « Certains opérateurs exigent le paiement immédiat de la perte de la journée, d’autres vont attendre la fin du mois pour prélever. »
Cette situation transforme chaque journée de travail en un exercice de calcul permanent. L’agent doit veiller à l’équilibre de sa caisse tout en maintenant la qualité du service.
Pour certains travailleurs, les conséquences peuvent devenir lourdes lorsque les pertes s’accumulent. « En vrai, nous, on travaille juste pour eux, pour ne pas dire que nous sommes des bénévoles. Avec le stress et la pression, les employés méritent mieux », affirme Samadou.
Un service indispensable, un travail peu visible
Le paradoxe est là. Les cabines Mobile Money facilitent chaque jour les transactions de milliers de personnes. Elles permettent aux usagers d’accéder rapidement à des services financiers sans nécessairement se rendre dans une banque. Pourtant, les personnes qui assurent ce service au quotidien restent peu visibles dans le débat sur le développement des services financiers numériques.
Pour les agents interrogés, travailler dans une cabine exige avant tout de la présence, de la concentration et de la vigilance. « Les pertes ne manquent pas, il faut s’attendre à cela », conseille l’un d’eux à ceux qui souhaitent exercer ce métier.
La question des conditions de travail reste ainsi posée. Entre la nécessité de maintenir un service disponible et les risques supportés quotidiennement par les agents, le modèle mérite d’être davantage interrogé.
Les opérateurs de téléphonie et les responsables de cabines sont directement concernés par cette réflexion. La rémunération, la gestion des pertes, la formation des agents et les mécanismes de protection en cas d’incident constituent autant de sujets qui méritent d’être examinés.
À Parakou, le Mobile Money est devenu bien plus qu’un simple service de transfert d’argent. Derrière chaque écran, chaque code et chaque billet remis à un client, il y a un travailleur qui engage chaque jour sa concentration, parfois son salaire, pour que l’argent des autres continue de circuler.
Fayçal DRAMANE


