Le Centre hospitalier universitaire départemental Borgou-Alibori (Chud B/A), un hôpital de référence de Parakou situé à Banikanni abrite une morgue qui répond aux besoins mortuaires de l’enceinte et de la ville. Les activités qui se font dans cette morgue vont au-delà des entendements. Rufin Hountchonou, un personnel de la morgue du Chud B/A rencontré le mercredi 12 août 2026 à la maison mortuaire du Chud B/A a révélé de amples informations sur le fonctionnement de cette morgue.
Le bloc thanatologique est situé au fond de l’enceinte de la clôture du Chud B/A, à gauche, à environ 30 mètres de la sortie de l’hôpital. Peint en blanc et donnant l’apparence d’une chambre attrayante, mais l’entrée pour une personne qui a de la lâcheté relève du contraire absolu, les larmes, la peur, l’angoisse et la frayeur sont évidents.
Tout juste à droite à l’entrée du bâtiment, se trouve un couloir restreint qui mène à la porte d’entrée à l’espace de dépôt de cadavres avant les premiers soins. Au fond, se trouve une grande porte hermétiquement fermée, c’est la salle mère de la morgue: la cellule réfrigérée. En dessus de cette porte se trouve un thermomètre avec affichage digital fixé au mur, ce qui affiche une température inquiétante: -4.0ºC. À droite, se trouve le lavabo, lieu où se fait l’entretien des corps. À cet endroit l’on découvre des robinets, alcools iodés, savons, serpillère, une civière et un chariot pour le transport des corps et d’autres ustensiles nécessaires à l’entretien des cadavres. Au côté opposé, se trouve la salle réservée à l’habillage des corps avant extradition dans le cercueil. Là se trouve des cercueils et une large table qui sert à l’exposition des corps et leurs habillages. Les produits déodorants comme des parfums, des essences citronnelles et autres ne manquent pas dans les coins de ces différentes salles.
Rufin Hountchonou, un thanatopracteur, agent du Chud Borgou Alibori s’est prononcé sur le fonctionnement de la morgue. En fonction il y a plus de 5 ans, ses témoignages relèvent son expertise. Pour lui, la morgue fait partie des services du Chud. Elle sert au dépôt et surtout à la conservation des corps jusqu’au jour de l’inhumation. Un grand hôpital comme tel nécessite une chambre mortuaire. En rappelant ses fonctions, il a expliqué qu’il est un engagé volontaire à ce service: « Nous sommes là s’il y a des décès dans les pavillons, dans les services comme la médecine, l’urgence et autres, on nous appelle et on va pour chercher le corps. On fait l’entretien du corps, tous les soins qu’il faut et on le met dans la cellule réfrigérée. On assure son contrôle jusqu’à son retrait » a-t-il expliqué.
Il a élucidé la provenance des cadavres, les personnes qui les amènent, les types de cadavres qu’il reçoit et surtout les formalités à remplir avant réception légale d’un corps. De ses explications, la morgue du Chud B/A ne reçoit pas seulement les corps provenant de l’hôpital. Elle reçoit également les cadavres provenant de la ville et même ceux des autres villes voisines tant que les informations nécessaires sont fournies. « Ils amènent les corps d’ailleurs de la ville, partout, même de Bembèrèkè, de Kandi parfois, N’Dali, Kalalé, Kilibo et autres. Il y a des accidentés qu’on retrouve sur la voie, les sapeurs-pompiers les amènent, la Police républicaine aussi amène les corps des malfrats et autres, on les amène tous ici. Ces cas sont souvent des inconnus et ils sont reçus après un registre bien clair. Si les parents du défunt désirent déposer un corps ici, il y a des papiers à remplir. On prend le nom et prénoms du défunt bien écrit sur le corps pour ne pas permuter les corps le jour de son retrait parce qu’il y a assez de corps à l’intérieur. Suite à celà, il y a des produits comme le formoles et autres qu’on prescrit aux parents. Après payement de ces produits à la caisse, on passe au traitement du corps avant de le placer dans la chambre froide et on poursuit le contrôle. Bien avant le jour de son retrait, les parents sont tenus de nous informer d’avance et ils payeront leurs dûs en fonction des jours que le corps a passé dans la chambre. Pour le cas des sous-mains de justice, des abandons, des inconnus et autres cas similaires, c’est le Procureur de la République qui s’en charge et suivant un registre également », a-t-il relaté.
Rufin Hountchonou a affirmé sa passion sans peine pour son métier. Pour lui, il sert aux besoins de la chambre funéraire du Chud B/A par sa volonté absolue. « Pour moi, ce métier n’est pas stressant. Je suis à l’aise et je fais mon travail comme celà se doit », a-t-il déclaré en rassurant sa tranquillité au travail.
Comme toutes autres activités, il n’y a de travail sans risques et difficultés. En effet, il fait part des risques et difficultés qu’il rencontre dans ce métier: « On ne sait pas toujours la cause de la mort de toutes ces personnes donc on se protège bien pour éviter d’être atteint par des infections et autres. Nous sommes exposés à des maladies de toute sorte, à nous de prendre toutes les dispositions possibles pour les éviter. Pour les cas comme les malfrats et les inconnus, on fait beaucoup attention sinon c’est compromettants », a-t-il fait savoir.
Il a souhaité que les parents des défunts assurent bien leurs devoirs aux corps tout en respectant le temps signé et les exigences de soins à temps. Rufin Hountchonou a décrypté sur les préjugés qui portent atteinte à la fonction des agents de la morgue. Selon ses propos, aucune accusation relative à l’enlèvement d’un organe quelconque n’a jamais été perçue par cette structure. Peut-être qu’il pourrait en avoir ailleurs, il n’en sait rien. « Qui fait l’éloge d’enlèvement d’organe dans cette morgue doit être prêt à se justifier et moi personnellement je suis prêt à répondre à ce sujet devant la justice. Aucune chose pareille n’est observée ici », a-t-il répliqué face à l’interrogation sur des préjugés de certaines personnes face à l’enlèvement d’organes dans les morgues.
La morgue est un lieu sacré où commence la vie des ancêtres. Entre la rigueur du protocole, les risques sanitaires et la gestion des cas sociaux, les agents du bloc thanatologique du Chud Borgou-Alibori accomplissent une lourde mission.
L’activité mortuaire est une nécessité que nul ne fera sans une volonté profonde. Rien ne devrait faire objet de peur ni d’angoisse car tout être humain détient cet acte et nul ne s’en passera. Le respect de la dignité de ces êtres est très important. Le bon fonctionnement de la morgue incombe un bon sens de responsabilité des parents des défunts.
Alawodé GBAGUIDI/ Rosine SINWONGOU/ Lys Ledestin KADA
