Dans la nuit du 16 au 17 août 2025, un autocar assurant la liaison entre Lomé et Niamey a percuté la rambarde d’un pont à Thio, dans la commune de Glazoué, avant de plonger dans le fleuve Ouémé. Il transportait cinquante-deux passagers. Le bilan final a atteint quarante-trois morts : des femmes, des enfants, des pères de famille. Quarante-trois vies supprimées en quelques secondes.
En janvier 2023, un bus de transport en commun et un camion sont entrés en collision à Dassa-Zoumè. La violence du choc a provoqué un incendie qui a consumé plusieurs passagers ; vingt-deux morts calcinés et de nombreux blessés. En juin 2025, le même axe a de nouveau été endeuillé : cinq morts et vingt et un blessé dans une collision entre un bus de transport en commun et un camion chargé de bétail.
Des drames suivis par des enquêtes annoncées. Des condoléances officielles et le lendemain, les mêmes véhicules continuent de rouler.
Trois morts et plus par jour. La sensibilisation ne suffit pas
Le Centre National de Sécurité Routière a lancé la campagne nationale « AGIR ». Une initiative courageuse qui vise à changer les comportements sur nos routes. Nous saluons cette démarche. Elle témoigne d’une prise de conscience réelle de l’urgence. Mais les chiffres sont implacables : plus de trois décès par jour sont enregistrés en moyenne sur les routes béninoises.
La sensibilisation est indispensable mais l’expérience, au Bénin comme ailleurs, enseigne une réalité que nous ne pouvons plus ignorer : nos concitoyens ne sont pas suffisamment réceptifs aux messages de prévention seuls. La preuve en est que les accidents continuent, les comportements dangereux persistent et des véhicules manifestement impropres à la circulation continuent de circuler sur nos routes. Sensibiliser sans des actions simultanées, c’est soigner les symptômes sans traiter la maladie. La conscientisation doit être accompagnée d’actions concrètes et immédiates et plus particulièrement sur le sujet des véhicules vétustes, qui constitue un angle encore insuffisamment traité.
La question que tout le monde évite
Comment un véhicule qui ne remplit plus les critères minimaux de sécurité obtient-il une attestation de contrôle technique valide ? Comment un camion avec un système d’éclairage défaillant ou absent, dont la structure est fatiguée, les pneus lisses, se retrouve-t-il sur nos routes avec tous ses papiers en règle ? Comment une voiture avec une signalisation endommagée et un pare-brise cassé, peut-elle avoir une attestation de contrôle technique conforme ?
Cette question mérite une réponse claire. Pas des communiqués. Pas des commissions d’enquête dont les conclusions restent dans des tiroirs. Une réponse claire, publique et suivie d’actes.
Le contrôle technique existe précisément pour empêcher ces véhicules de circuler. Lorsqu’un véhicule dangereux dispose pourtant d’une attestation valide, deux explications seulement sont possibles : soit le contrôle a été mal réalisé, soit il n’a pas été réalisé du tout malgré l’attestation délivrée. Dans les deux cas, quelque chose a gravement dysfonctionné dans la chaîne de vérification. Et ce dysfonctionnement a un coût humain que nos familles paient de leur sang.
Ces véhicules que l’on voit tous les jours
Nul besoin d’être expert pour les identifier. On les voit chaque jour sur nos routes : des camions dont les freins grincent à chaque ralentissement, des bus de transport interurbain dont les feux sont manquants, les vitres fissurées, les portes qui ne ferment plus, des véhicules dont les structures ont été modifiées pour entasser toujours plus de passagers ou transporter plus de marchandises, bien au-delà des prescriptions des constructeurs. Des véhicules dont l’état général crie le danger à qui sait regarder.
Ces véhicules ne sont pas des cas exceptionnels. Ils constituent une proportion inquiétante de notre parc et ils transportent chaque jour des dizaines de milliers de béninois.
Un véhicule hors normes doit être retiré définitivement
La réponse à ce problème est connue et n’est pas complexe. Elle demande de la rigueur et de la volonté.
Tout véhicule qui ne satisfait plus aux exigences minimales de sécurité doit être immédiatement retiré de la circulation. Pas recalé en attendant une réparation hypothétique, pas renvoyé avec un délai de grâce, mais immobilisé sur le champ. Pour les véhicules dont l’état est irrémédiable, le retrait doit être définitif, assorti d’une obligation de mise à la casse et de destruction contrôlée. Un véhicule détruit ne tuera plus personne.
Cette mesure doit s’appliquer sans exception et sans négociation. Des contrôles inopinés sur route, couplés à la plateforme SECUROUTE, permettraient d’identifier et d’intercepter ces véhicules y compris lorsqu’ils circulent avec des documents obtenus de façon irrégulière. La technologie existe. La volonté doit suivre.
Le Bénin que nous construisons mérite mieux
Depuis 2016, le Bénin a engagé une transformation profonde et visible. Des routes se construisent et les institutions se modernisent. La campagne AGIR porte un message fort : le Bénin refuse la fatalité. Ce pays en mouvement mérite-t-il encore de voir des épaves circuler sur ses nouvelles routes et y semer la mort ?
C’est la question que nous posons aujourd’hui à Son Excellence le Président Romuald Wadagni.
Monsieur le Président, les Béninois qui montent chaque jour dans ces véhicules ne savent pas s’ils en descendront vivants. Leur sécurité est entre les mains de l’État, et l’État dispose de tous les outils pour agir : le cadre légal, la plateforme SECUROUTE et les forces de l’ordre. Ce qui manque, c’est la décision ferme et irrévocable que ces véhicules ne rouleront plus.
Chaque jour d’inaction est un jour de plus où une famille béninoise risque de perdre l’un des siens sur une route qui aurait dû être sûre. Nous avons assez pleuré. Il est temps d’intervenir.
Par Ousman HASSAN, cadre des travaux publics, consultant indépendant en ingénierie, voirie et réseaux divers, éleveur et agripreneur.
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