Pendant longtemps, les récits de fils tuant leur père ou leur mère, de parents s’en prenant à leurs enfants ou de violences familiales conduisant à l’irréparable semblaient appartenir à une réalité lointaine, souvent associée aux sociétés occidentales. Au Bénin comme dans plusieurs sociétés africaines, la famille a longtemps été perçue comme un espace de solidarité, d’autorité et de protection. Mais plusieurs drames familiaux rapportés ces derniers mois viennent bousculer cette représentation.
Ces cas de parricide et de violences au sein des familles ne peuvent évidemment pas être considérés comme la preuve d’une transformation générale de la société béninoise. Ils restent des faits graves et exceptionnels. Mais leur répétition suffit à poser des questions. Que se passe-t-il dans certaines familles béninoises ?
Le parricide, qu’il s’agisse d’un fils qui s’en prend à son père ou à sa mère, constitue une rupture extrême du lien familial. Il ne s’agit pas seulement d’un crime contre une personne. Il touche à un interdit profondément ancré dans les valeurs sociales : celui de porter atteinte à celui ou celle qui vous a donné la vie.
Quand le conflit familial bascule dans l’extrême
Deux affaires de parricide en l’espace de quelques semaines. En 2026, l’actualité béninoise a été marquée par des drames familiaux d’une particulière gravité, mettant en cause des jeunes hommes soupçonnés d’avoir tué leur propre père. Des affaires qui, au-delà de leur dimension criminelle, interrogent sur les violences qui peuvent couver au sein des familles.
Le dernier cas en date remonte à la nuit du jeudi 6 août 2026. Un jeune homme a été interpellé vers 4 heure du matin à Agla Akansôdji, à Cotonou, par les éléments du commissariat du 13ᵉ arrondissement. Selon les premiers éléments communiqués par la Police républicaine, le suspect aurait recherché un « client » pour la tête de son père. Conduit à son domicile, situé derrière l’école primaire de Dèkoungbé, il aurait d’abord indiqué aux enquêteurs l’endroit où il avait dissimulé le corps avant de changer de version.
Le lendemain, lors d’une nouvelle fouille, les policiers ont découvert des restes humains dans les environs du domicile. La victime, identifiée comme T. C., était le père biologique du suspect. Des blessures à la machette ont été constatées.
Quelques semaines auparavant, à Gbodjè Nassara, dans la commune d’Abomey-Calavi, un autre jeune homme était soupçonné d’avoir mortellement agressé son père, un ancien fonctionnaire de police. Deux affaires différentes, mais un même lien : la violence exercée contre celui qui représente normalement l’autorité, la protection et la transmission au sein de la famille.
Des drames qui dépassent le seul parricide
L’année 2026 a également enregistré d’autres violences graves dans le cercle familial. À Cobly, en juin, un cultivateur de 26 ans a agressé son épouse avant de tuer leur enfant de 16 mois. À Womey Mahicodji, en juillet, une jeune femme de 24 ans s’est suicidé après une crise conjugale liée, selon les témoignages rapportés, à une affaire d’infidélité. Ces affaires ne relèvent pas du parricide, mais elles participent d’un même constat : la famille, généralement perçue comme un espace de protection, peut aussi devenir le théâtre de violences particulièrement graves.
Rappelons que le phénomène n’est pas apparu en 2026. En mai 2025, par exemple à Zindjihoué, dans la commune de Houéyogbé, un jeune homme d’une vingtaine d’années avait tué son père à coups de machette.
Ces cas de parricide et autres drames familiaux constituent ainsi moins une série de faits divers isolés qu’un signal à prendre au sérieux. Le Bénin n’est pas confronté à un phénomène exclusivement nouveau ni exclusivement occidental. Mais lorsque des faits aussi extrêmes surgissent dans un espace où les liens familiaux occupent une place centrale, ils doivent nécessairement nous interpeller.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE


