Au Sénat, après l’installation des membres et la validation du règlement intérieur, l’élection du bureau consacre Patrice Talon à la présidence. Face à cette majorité verrouillée et dans un contexte où les attentes restent orientées vers la décrispation de la situation sociopolitique notamment la libération des détenus politiques et le retour des exilés politiques, l’ancien président Boni Yayi se retrouve sans levier institutionnel et dans une posture similaire à celle des dix dernières années : celle de celui qui plaide!
Le processus institutionnel est désormais achevé. Dans le sillage immédiat de l’installation des sénateurs et de l’adoption formelle du règlement intérieur de la chambre haute, les sénateurs se sont réunis ce jeudi pour désigner les membres de leur bureau. Au terme du scrutin, l’ancien président de la République Patrice Talon a été élu à la tête de l’institution pour un mandat de cinq ans. Pour conduire les travaux de cette instance stratégique, il sera assisté de Louis Vlavonou au poste de vice-président et d’Alassane Seidou à la fonction de rapporteur. Le fait le plus marquant de cette élection réside dans le destin réservé à Boni Yayi. Bien qu’il partage le même statut historique d’ancien chef de l’État que Patrice Talon, l’homme se retrouve totalement écarté des instances de décision. Cantonnée à un rôle de membre simple, la figure de proue de l’ancienne opposition se voit dans un isolement certain au sein du nouvel appareil institutionnel. Cet éloignement du bureau exécutif neutralise d’emblée la stratégie politique de Boni Yayi. En effet, ce dernier fondait l’essentiel de son action sur la satisfaction de plusieurs doléances majeures, au premier rang desquelles figurent la libération des personnes considérées comme détenus politiques et le retour garanti des exilés. Or, en demeurant simple sénateur, il se retrouve dans l’incapacité d’initier ou d’inscrire directement ces questions prioritaires à l’ordre du jour des travaux. Pour tenter d’obtenir gain de cause, l’ancien président n’aura d’autre choix que de porter ses requêtes auprès des membres du bureau nouvellement installé. Un exercice qui s’annonce particulièrement ardu. Puisque les personnalités qui composent désormais la direction du Sénat se sont systématiquement montrées muettes face à ces mêmes revendications dans un passé récent, à l’époque où Patrice Talon présidait aux destinées de l’État. Dans cette configuration, Boni Yayi manquera de tonus et de canaux de résonance pour mener à bien ses combats. Privé de relais au sommet de la chambre haute, l’ancien chef de l’État bascule à nouveau dans une posture d’éternel demandeur. Alors que le Sénat représentait pour lui le dernier rempart et l’ultime tribune de son engagement politique, la réalité des chiffres et la composition du bureau viennent refermer le piège institutionnel. Loin de pouvoir peser sur les décisions majeures, Boni Yayi constate que son combat politique se heurte au même mur d’incompréhension, prouvant s’il le fallait qu’il est encore très loin d’être sorti de l’auberge.
M.M



