La descente de la Police républicaine dans un bar d’Abomey-Calavi, le 4 août 2026, s’est soldée par la saisie, entre autres, de 25 dispositifs de chicha. Présentée comme une nouvelle étape de l’opération « Zéro chicha », cette intervention remet toutefois sur la table une question récurrente : pourquoi, malgré les saisies et les descentes, la chicha continue-t-elle de prospérer ?

Depuis plusieurs années, les autorités multiplient les opérations contre les fumoirs et les bars soupçonnés de favoriser la consommation de chicha et d’autres substances psychotropes. Des dispositifs sont régulièrement saisis, des établissements sont perquisitionnés et des interpellations sont annoncées. Pourtant, le phénomène reste bien visible dans plusieurs villes du pays, notamment dans les centres urbains où ces espaces continuent d’attirer une clientèle, en particulier les jeunes.

Cette réalité nourrit un sentiment partagé par de nombreux observateurs : la lutte semble davantage marquée par des opérations ponctuelles que par une présence permanente sur le terrain. Chaque intervention est largement médiatisée, mais quelques semaines plus tard, la consommation reprend souvent dans les mêmes zones ou se déplace vers d’autres établissements.

Le défi dépasse d’ailleurs la seule saisie des dispositifs de chicha. Derrière ce commerce se trouvent des réseaux d’approvisionnement, des promoteurs, des consommateurs réguliers et parfois d’autres activités illicites. Agir uniquement sur les points de consommation ne suffit donc pas à assécher durablement le phénomène.

La lutte contre la chicha gagnerait ainsi à s’inscrire dans une stratégie plus globale, combinant contrôles réguliers, poursuites judiciaires effectives contre les promoteurs, sensibilisation des populations aux risques sanitaires et suivi rigoureux des établissements de loisirs. Sans cette approche durable, chaque nouvelle saisie risque d’apparaître comme une victoire ponctuelle dans une bataille qui, elle, est loin d’être gagnée.

Une lutte ne se mesure pas au nombre de descentes effectuées, mais à sa capacité à élaborer une stratégie continue, cohérente et suffisamment dissuasive. C’est sur ce terrain que les autorités sont désormais attendues.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici