Après plusieurs mois de travail acharné, le repos occupe une place très importante dans le calendrier des élèves. Se divertir, se raconter des histoires d’euphorie et de longs commérages, les fameux « gbairai », n’est plus chose inhabituelle. Mais un constat amer se fait remarquer à Parakou, cité des Kobourou : « l’insouciance des jeunes », qui vient voiler la réalité à laquelle est confrontée la jeunesse béninoise.
Les mois de juillet et août sont devenus, en toute discrétion, le moment de détente et le piège de la jeunesse parakoise. Pendant que certains partent en colonie, en cours de vacances ou en stage, la majorité erre dans la nature au gré du vent : les balades entre carrefours, les cabines de transfert, les terrains de football poussiéreux, les ateliers où l’on apprend un métier sans jamais vraiment l’apprendre. Cette ambition d’apprendre s’éteint à petit feu, et l’aptitude à apprendre devient, du jour au lendemain, une procrastination.
Deux mois sans apprendre, sans cahier, sans règle, sans pression : le cerveau se met en veille. « Je ne fais rien ces vacances, j’attends la reprise des cours pour commencer mes études », souligne un jeune dans la fleur de l’âge. Déjà, le mois de septembre annonce ses pas à l’horizon : les notions apprises s’envolent. Résultat : un bilan négatif à l’affichage des résultats d’examen. La rentrée démarre alors en baisse de régime et devient un tremplin de retard que ces jeunes traînent jusqu’en juin. Les vacances tuent, chez certains, l’élan construit par les enseignants au bout de neuf bons mois.
Si étudier devient un dilemme pour la jeunesse parakoise, une option cruelle s’ouvre pour certains, souvent par paresse : sortir tard dans la nuit, scroller toute la journée sur les réseaux sociaux, l’ennui déguisé en liberté pour les uns. Alors, ils tournent en rond avec ce « je ne sais pas quoi faire », une question qui fragilise l’avancement des autres. Ici, la cité parakoise vibre chaudement la nuit, mais ne canalise pas cette énergie. Peu de centres de formation sont ouverts gratuitement ; les bibliothèques, elles, sont ouvertes chaque jour de la semaine, mais leur fréquentation n’est pas au rendez-vous. Seuls quelques-uns s’y montrent réguliers. C’est non seulement une énergie brute qui se perd, mais aussi l’effort de ces braves enseignants qui se noie dans l’eau. Ces jeunes, pourtant intelligents, finissent par confondre vacances et perte de temps.
Au regard de tout cela, les vacances scolaires sont loin d’être un luxe d’ambiance, de balade ou de divertissement : elles ne doivent pas devenir un cimetière pour le cerveau, mais plutôt un moment d’investissement. Une responsabilité importante revient aux parents : celle d’aider les jeunes encore sous leur tutelle à tirer leur épingle du jeu grâce à des ateliers de compétences numériques. Et à ces jeunes déjà indépendants dans leurs choix, celle de porter des idées de projets utiles.
Diane ETCHAOU (Stg)
