Prenez la nouvelle route carrefour Sèmè à rond-point Djrègbé, ouverte il y a à peine quelques mois. Regardez le marquage au sol. Certaines lignes s’effacent déjà, à peine trois mois après leur application. Même constat sur la voie reliant l’aéroport à la Place du Souvenir. Ce n’est pas un cas isolé. C’est un phénomène récurrent sur l’ensemble de notre réseau routier, neuf comme ancien.

Un marquage au sol qui s’efface, ce n’est pas seulement inesthétique. C’est une composante essentielle de la sécurité routière qui disparaît progressivement sous les roues des véhicules et les pluies tropicales, sans être remplacée.

Ce qu’est la signalisation horizontale et pourquoi elle compte

La signalisation horizontale ou marquage au sol est l’ensemble des marques peintes directement sur la chaussée : lignes axiales, lignes de rive, passages piétons, flèches directionnelles, zébras, lignes continues et discontinues. Elle ne se contente pas d’embellir la route. Elle organise la circulation, guide les usagers, matérialise les règles du code de la route et délimite les espaces de déplacement pour tous : véhicules, deux-roues et piétons.

En complément des panneaux de signalisation verticale, elle constitue le second pilier de la sécurité routière. Un agent de police peut difficilement exiger le respect d’une ligne continue ou d’un passage piéton si ces éléments ne sont plus visibles sur la chaussée. Le marquage routier est la matérialisation de la signalétique au sol, permettant d’induire un comportement chez les usagers. Quand il disparaît, c’est ce comportement ordonné qui disparaît avec lui.

Le problème du choix des produits

Tous les produits de marquage au sol ne se valent pas. Leurs durées de vie varient considérablement selon leur composition :

La peinture routière classique acrylique aqueuse dure entre six et dix-huit mois. Elle est idéale pour le marquage temporaire ou les zones à très faible trafic.

La résine thermoplastique tient deux à cinq ans et convient parfaitement à la voirie urbaine. L’enduit à chaud ou époxy offre une durée de vie de cinq à dix ans et est recommandé pour les axes à fort trafic.

Pour un aménagement durable, la résine MMA (méthacrylate de méthyle) bi-composant est recommandée sur les zones à fort trafic. Associée à des billes de verre, elle permet une excellente rétroréflexion, c’est-à-dire qu’elle renvoie les phares des véhicules vers les conducteurs pour assurer une haute visibilité de nuit. Le surcoût initial, de trois à cinq fois supérieur à la peinture acrylique, est rentabilisé en trois à quatre ans.

Un marquage qui s’efface en trois mois sur une route nationale à fort trafic ne peut résulter que d’un seul choix : celui de la peinture acrylique classique, le produit le moins durable et le moins adapté à notre environnement tropical : chaleur intense, pluies agressives, trafic dense incluant de nombreux poids lourds.

Si ce choix est motivé par des considérations économiques, il est contre-productif. Refaire un marquage tous les six mois coûte bien plus cher sur la durée qu’appliquer dès le départ un produit adapté qui tiendra plusieurs années. La durabilité d’un produit de marquage au sol peut varier de 50 000 à 2 millions de passages de roues selon sa certification.  Choisir le produit le moins résistant sur un axe à fort trafic, c’est accepter sciemment une dégradation rapide et un coût de maintenance élevé.

Des erreurs d’application qui compromettent la sécurité

Le choix du mauvais produit n’est pas le seul problème. La qualité d’application laisse également à désirer sur de nombreux chantiers. On observe des erreurs de placement à des changements de direction, des lignes continues tracées à des entrées de rues pourtant autorisées, des passages piétons mal positionnés, des flèches directionnelles incorrectes. Ces erreurs ne sont pas anodines. Elles induisent des comportements contraires aux règles de circulation qu’elles sont censées imposer.

Ces défauts d’application révèlent un problème de formation. Le marquage au sol n’est pas une tâche que l’on confie à n’importe qui muni d’un pistolet à peinture. Compte tenu de toutes les contraintes techniques à maîtriser pour réaliser un marquage au sol cohérent et conforme aux normes et aux réglementations, il est crucial de valider le savoir-faire et l’expertise de l’entreprise avant de lui confier ces travaux. Les applicateurs doivent connaître les normes, maîtriser les équipements et comprendre le sens de chaque marquage qu’ils tracent.

Le marquage au sol routier est codifié par l’Instruction interministérielle sur la signalisation routière. Deux couleurs seulement sont admises : le blanc pour le marquage permanent et le jaune exclusivement pour le marquage temporaire de chantier. Ces règles simples sont pourtant régulièrement ignorées sur nos chantiers.

Ce qu’il faut faire

Plusieurs orientations concrètes s’imposent.

Adapter le choix des produits à la réalité de nos routes. Sur les axes à fort trafic : nationales, voies urbaines principales, la résine thermoplastique doit devenir le standard minimum. La peinture acrylique classique doit être réservée aux seuls marquages temporaires de chantier.

Former et certifier les applicateurs de marquage. Ce métier s’apprend. Une formation structurée, sanctionnée par une certification reconnue, réduirait significativement les erreurs de placement et d’application constatées sur le terrain.

Lancer une campagne nationale de mise aux normes de la signalisation horizontale existante. L’état actuel du marquage sur une grande partie de notre réseau routier est insuffisant pour assurer la sécurité des usagers. Une remise à niveau systématique, avec les bons produits et des applicateurs formés, est indispensable.

Intégrer des clauses de durabilité dans les marchés de marquage au sol. Un contrat qui spécifie le type de produit, sa durée de vie garantie et les conditions de reprise en cas de dégradation prématurée protège à la fois la qualité de l’ouvrage et les deniers publics.

Un investissement de sécurité, pas une dépense

La signalisation horizontale est l’un des outils les moins coûteux et les plus efficaces de la sécurité routière. Bien faite, avec les bons produits et des applicateurs compétents, elle guide silencieusement des millions d’usagers chaque jour. Mal faite ou absente, elle crée une anarchie visuelle dont les conséquences se mesurent en accidents, en embouteillages et en vies perdues.

Nos routes méritent un marquage qui dure. Nos usagers méritent une signalisation lisible. C’est une question de respect des règles et de respect de la vie.

Prochain sujet : L’aliment des ruminants

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici