Depuis cinq ans, la commune de N’Dali transforme chaque 1er août en scène géante dédiée à l’humour et à l’oralité. Ce qui n’était qu’une idée portée par une poignée de passionnés est devenu un rendez-vous culturel affirmé, avec l’ambition assumée de rayonner au-delà du septentrion.
Il existe des villes qui se rêvent industrielles ou universitaires. N’Dali, elle, a choisi de se rêver drôle. Depuis cinq ans, la petite commune du Borgou célèbre chaque 1er août le Défilé du Rire (DDR), festival entièrement consacré aux arts comiques et à l’oralité. Une ambition qui pourrait prêter à sourire à première vue, mais qui s’impose édition après édition avec un sérieux qui force le respect.
Le rire est souvent présenté comme une véritable thérapie. C’est autour de cette conviction qu’est né le Défilé du Rire, sous l’impulsion de Meschac Kayodé Daoudou, président de l’association G-JAC BARUKA. Inspiré du festival Humour Délire de Parakou, l’événement s’est progressivement taillé une place dans le paysage culturel du septentrion, à l’approche de sa sixième édition.
Directeur artistique du festival, Philippe Basse revient sur la genèse de cette aventure : « Le Défilé du Rire est un festival consacré aux arts comiques, à l’humour et aux arts de l’oralité dans le nord du Bénin, plus précisément à N’Dali. » Prolongement direct du festival Humour Délire de Parakou, le DDR poursuit un double objectif : rapprocher les spectacles humoristiques des populations du nord, et offrir une scène concrète aux jeunes talents qui, autrement, n’auraient probablement jamais l’occasion de se produire devant un public aussi large.
C’est bien là la force du festival : il ne se contente pas de faire rire, il donne une chance à de jeunes comédiens locaux, à N’Dali de se faire connaître autrement que par son statut administratif, à toute une région de croire qu’elle peut, elle aussi, produire une culture qui voyage.
Conscient des défis à relever, Philippe Basse résume toute la philosophie du festival en une image : « Une jarre trouée ne peut être bouchée que par plusieurs doigts. » Le constat est sans détour : « Le festival est principalement financé par nos propres moyens ainsi que par le soutien de personnes de bonne volonté et de quelques partenaires qui nous accompagnent depuis plusieurs années. Nous espérons que les autorités accorderont davantage d’intérêt à cette initiative », confie-t-il. Un festival qui a déjà cinq éditions à son actif, et qui avance pourtant sur les seules forces de ses organisateurs une réussite obtenue malgré l’absence de grands moyens, pas grâce à eux.
L’objectif, lui, ne faiblit pas : faire de N’Dali un « rendez-vous culturel incontournable pour les artistes et le public », avec l’ambition assumée de devenir à terme un « rendez-vous majeur des arts comiques et de l’oralité en Afrique de l’Ouest ».
La sixième édition, entre continuité et nouveautés
À quelques heures de l’ouverture, prévue le 1er août, Philippe Basse dévoile les innovations de cette édition : « Nous proposerons une formation en techniques d’écriture de vannes et en art de la scène, animée par l’humoriste béninois Hafissou Sogotedji, dit K-piten Virus, ainsi que par le Nigérien Mahamane Le Timide. » Au programme aussi : une soirée de contes à la radio communautaire Su Tii Sua, un échange culturel Niger-Bénin, et un grand spectacle réunissant dix humoristes. En associant un artiste nigérien à la formation des talents locaux, le DDR ne regarde plus seulement vers le reste du Bénin il regarde déjà vers ses voisins ouest-africains.
Le rire comme levier de développement
Bien plus qu’un divertissement, le Défilé du Rire entend valoriser la culture et l’oralité, et faire rayonner N’Dali au-delà de ses frontières communales l’exemple rare d’un territoire misant sur l’humour plutôt que sur les infrastructures pour se faire un nom. Ses initiateurs appellent à un engagement accru des autorités, des partenaires et du public afin que la jarre trouée perdent ses trous à N’Dali.
Fayçal DRAMANE /
Alawodé GBAGUIDI (Stg)
