La cité des Koburu a abrité du 22 au 25 juillet 2026, la 4ᵉ édition du Festival ASHA Yoruba du Bénin. Placée sous le thème « Ponts numériques, voix ancestrales : reconquérir les écrans africains à travers les langues autochtones », cette édition a réuni cinéastes, artistes, producteurs, professionnels de l’audiovisuel et acteurs culturels du Bénin, du Nigeria et d’ailleurs autour d’une ambition : faire du cinéma un espace de transmission des langues, des mémoires et des identités africaines.
Pendant quatre jours, Parakou a ainsi vécu au rythme du septième art et des réflexions sur l’avenir de l’industrie cinématographique africaine. Projections, ateliers, masterclasses, rencontres professionnelles, table ronde et sessions de présentation de projets ont constitué les principaux temps forts de cette édition, qui a voulu conjuguer création artistique, innovation technologique et préservation du patrimoine culturel.
Au cœur des échanges, la question de la place des langues autochtones dans le cinéma africain a occupé une place centrale. Pour Adéyèmi Achadé Yessoufou, alias Yuss Adé, délégué général du festival, l’enjeu est de préserver un patrimoine linguistique et culturel progressivement fragilisé. « Nous voulons que les langues autochtones, les langues africaines ne disparaissent pas », a-t-il expliqué. Il déplore notamment que certaines générations ne soient plus en mesure de parler leurs langues traditionnelles ou même de transmettre certains proverbes et expressions qui constituent pourtant une part essentielle de la mémoire collective.
Mais pour reconquérir les écrans, les langues ancestrales doivent aussi dialoguer avec les outils contemporains. C’est dans cette perspective que les participants ont pris part à plusieurs ateliers et masterclasses consacrés notamment à l’intelligence artificielle dans le cinéma, à la production cinématographique, au sous-titrage, à la localisation linguistique et à la cinématographie par drone. Des espaces de réflexion qui ont permis d’interroger les nouvelles possibilités offertes aux créateurs africains pour produire, adapter et diffuser des œuvres capables de franchir les frontières linguistiques et géographiques.
La question de l’avenir de l’industrie n’a pas été laissée de côté. Une table ronde consacrée aux enjeux du secteur a permis aux professionnels d’échanger autour des défis liés à la production, à la diffusion et à la structuration de l’écosystème cinématographique africain. À cela s’est ajoutée une session de présentation de projets, offrant aux porteurs d’initiatives l’occasion de présenter leurs idées et de rechercher des opportunités de collaboration et de financement.
Présent à l’ouverture, Serge Mongadji, président de l’Association des Tchabè du Septentrion, s’est réjoui d’une initiative qui rejoint son engagement en faveur du développement culturel des Anago et des Yoruba. « Lorsqu’un festival vient, ce n’est que pour combler ma soif », a-t-il déclaré, saluant particulièrement la possibilité de mettre en relation le festival avec des artistes Nagot du septentrion.
Venu du Nigeria, le Dr God’s-presence Azuka a, lui aussi, insisté sur la dimension identitaire de cette rencontre. Pour lui, la culture est ce qui définit la personnalité, la dignité et l’honneur des peuples. « Nous faisons tous partie de notre culture », a-t-il rappelé, appelant les communautés à raviver les pratiques culturelles positives qui les unissent et renforcent les valeurs morales. Il estime que la célébration de la culture ne doit pas être perçue comme un simple retour vers le passé, mais comme une manière de retrouver des repères et de reconstruire des liens entre les générations.
Au-delà du Yoruba, le festival entend porter une vision plus large. Les langues et cultures bariba, haoussa, dendi, shabè et celles des autres communautés africaines peuvent également trouver leur place dans cette dynamique. Le cinéma devient alors un pont entre les générations, entre les territoires et entre les langues.
La cité des Koburu a été le théâtre d’une réflexion plus profonde sur la capacité des Africains à raconter leur propre histoire, à préserver leurs langues et à utiliser les technologies contemporaines pour porter leurs récits au-delà des frontières.
Fayçal DRAMANE

