La contreçon chinoise envahit de plus en plus le marché européen et africain. Face à cette situation, l’Europe et l’Afrique se mobilisent. Réunis lors d’une conférence consacrée au « Made in Africa », ils ont plaidé pour un partenariat stratégique entre l’Europe et l’Afrique afin de bâtir une industrie textile plus compétitive, durable et respectueuse des normes sociales et environnementales.
Longtemps considérée comme l’atelier du monde, la Chine est aujourd’hui accusée de déséquilibrer le commerce mondial du textile. En Europe comme en Afrique, les importations massives de vêtements à bas prix, souvent issues de la fast fashion, fragilisent les industries locales, détruisent des emplois et accentuent la dépendance économique des États. C’est autour de cette problématique qu’était organisée une conférence réunissant plusieurs personnalités, notamment François Kalfon, député européen au Parlement européen, Bruno Delaye, dirigeant d’une structure de conseil, ainsi que le Directeur général de la GDIZ. Tous ont défendu la nécessité de promouvoir un textile « Made in Africa » comme alternative crédible au modèle asiatique.
En effet, pour François Kalfon, la situation est devenue préoccupante. « Nous avons dénoncé un problème qui est l’écrasement du commerce mondial, notamment sur le textile, par la Chine. C’est ce qui déséquilibre le commerce mondial et les économies africaines, rendant dépendants les citoyens des pays africains », a déclaré le député européen. Selon les données présentées lors de la conférence, la Chine demeure le premier fournisseur de vêtements de l’Union européenne. En 2024, les importations européennes de vêtements chinois étaient estimées à près de 84 milliards d’euros, tandis que des millions de petits colis en provenance de plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress entrent chaque jour sur le marché européen. Aujourd’hui, la Chine continue de dominer le marché. Bruno Delaye a expliqué que plusieurs facteurs favorisent cette domination. Le premier est lié au contexte commercial international. Avec l’instauration par les États-Unis de droits de douane de 145 % sur les produits textiles chinois, Pékin cherche désormais de nouveaux débouchés commerciaux. « Les États-Unis ont mis des droits de douane énormes sur les textiles chinois. C’est pour cela que les Chinois viennent déverser leurs produits sur l’Europe, qui doit aujourd’hui se défendre », a-t-il expliqué. À cela s’ajoute le principal argument avancé par les importateurs de textiles asiatiques : le prix. « Le principal argument des importateurs du textile asiatique, c’est de parler de l’accessibilité pour le consommateur », a souligné Bruno Delaye.
Mais derrière ces prix très attractifs se cachent, selon les intervenants, de nombreuses conséquences. Les produits de fast fashion sont souvent fabriqués dans des conditions sociales contestées, avec des normes environnementales insuffisantes et une qualité limitée. Cette concurrence, jugée déloyale, fragilise les fabricants européens et africains qui respectent, eux, des standards plus élevés. Le modèle favorise également la surconsommation, multiplie les déchets textiles et accentue les émissions de CO2 liées au transport international. Les intervenants ont également rappelé que les plateformes asiatiques profitent parfois de failles réglementaires et fiscales pour contourner certains droits et taxes, ce qui accentue encore leur avantage concurrentiel.
L’Union européenne renforce sa riposte
Face à cette situation, l’Union européenne a décidé de durcir progressivement sa réglementation. Bruno Delaye a annoncé qu’à partir du 1er juillet 2026, une taxe forfaitaire de 3 euros sera appliquée sur les petits colis importés depuis les pays tiers afin de mieux contrôler ces flux. Autre mesure majeure est la mise en place du passeport numérique des produits textiles. « Il permettra d’assurer la traçabilité des produits et de vérifier leur qualité », a expliqué Bruno Delaye. Cette nouvelle réglementation s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Union européenne visant à renforcer la durabilité du secteur textile, à améliorer la transparence des chaînes d’approvisionnement et à lutter contre les produits ne respectant pas les normes européennes.
Le « Made in Africa », une alternative crédible
Au-delà des mesures de protection, les intervenants ont insisté sur la nécessité de construire une véritable filière textile euro-africaine. L’Afrique dispose d’importantes ressources en coton, d’une main-d’œuvre jeune et d’une industrie en pleine transformation. Contrairement au modèle asiatique fondé sur des coûts extrêmement bas, le textile africain mise sur des fibres naturelles, une meilleure traçabilité, des conditions de travail conformes aux standards internationaux et une production plus respectueuse de l’environnement.
À travers la GDIZ au Bénin, Arise IIP illustre cette ambition. La plateforme industrielle développe une chaîne de valeur intégrée allant de la transformation du coton jusqu’à la confection des vêtements, tout en fournissant déjà plusieurs grandes marques européennes. À pleine capacité, les installations devraient créer plus de 16 000 emplois directs et contribuer à faire du « Made in Africa » une alternative compétitive sur les marchés internationaux.
Au terme des échanges, un message s’est imposé : pour préserver leurs industries textiles et réduire leur dépendance vis-à-vis de la fast fashion asiatique, l’Europe et l’Afrique ont tout intérêt à construire un partenariat industriel durable, fondé sur la qualité, la traçabilité et une création de valeur partagée.
Gildas AHOGNI



