Un milliard pour les urgences vitales, vingt milliards pour les écoles, dix milliards pour les centres de santé. Détaillées à Toviklin, les annonces chiffrées du gouvernement Wadagni dessinent une politique du concret.

Les chiffres ont ceci de particulier qu’ils ne se prêtent guère à la controverse. À Toviklin, devant une salle où se pressaient les habitants des six communes du Couffo, le ministre les a énoncés un à un, lentement, comme on pose des pierres. Un milliard de francs CFA consacré à la prise en charge des urgences vitales. Vingt milliards pour les écoles. Dix milliards pour les centres de santé. Trente et un milliards, au total, engagés sur le socle même de la vie quotidienne.

Un milliard pour que l’urgence ne se paie plus

La première enveloppe est la plus symbolique. Elle finance le principe que le gouvernement a érigé en règle : en cas d’urgence vitale, on soigne d’abord, on règle ensuite. Fini le temps où l’admission d’un blessé se négociait à la caisse avant de se décider au bloc. Le milligramme d’oxygène ne se marchande pas contre un reçu.

Dans l’assistance, la mesure a suscité autant d’adhésion que de vigilance. Un participant s’est levé pour poser la question que beaucoup portaient : que faire contre les éventuels risques de discrimination dans l’application de cette prise en charge selon les territoires ? La préoccupation est légitime. Elle dit la crainte, ancrée par l’expérience, que les droits proclamés au sommet se dissolvent en chemin. La réponse du ministre a renvoyé aux dispositifs de contrôle et aux instructions fermes données aux établissements : l’interdiction d’exiger un paiement préalable vaut partout, sans exception géographique.

Vingt milliards pour l’école du strict nécessaire

La deuxième enveloppe s’attaque à un scandale silencieux : des salles de classe sans lumière, des cours sans point d’eau, des établissements sans latrines dignes de ce nom. Vingt milliards de francs iront au raccordement des écoles à l’eau et à l’électricité, et à la construction de latrines séparées pour les filles et les garçons.

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. L’absence de sanitaires décents figure parmi les causes documentées de l’abandon scolaire chez les adolescentes. Un mur, une porte, une séparation : trois éléments de maçonnerie qui pèsent, dans la trajectoire d’une jeune fille, autant qu’un discours sur l’égalité. En finançant l’équipement, le gouvernement agit sur les conditions matérielles de la réussite, là où d’autres se seraient contentés d’exhorter.

Dix milliards pour des dispensaires qui fonctionnent

La troisième enveloppe viabilise les centres de santé : accès à l’énergie, avec un recours privilégié au solaire, et à l’eau potable. Le choix du photovoltaïque n’est pas cosmétique. Dans des zones où le réseau reste fragile, il garantit qu’une césarienne nocturne ne dépendra pas de l’humeur du transformateur. Quant à l’eau courante, elle conditionne l’hygiène, donc la sécurité des soins.

Là encore, la logique est celle du socle. On ne soigne pas correctement dans le noir. On ne stérilise pas sans eau. Ces évidences avaient trop longtemps le statut d’obstacles insurmontables ; elles deviennent des lignes budgétaires.

La cohérence d’une politique

Prises séparément, ces annonces pourraient passer pour une addition de bonnes intentions. Rapprochées, elles forment un système. Le président Romuald Wadagni fait le pari que le développement ne se décrète pas d’en haut mais se construit par le bas, en dotant d’abord les services de base de ce sans quoi rien ne tient : de la lumière, de l’eau, et le droit d’être soigné sans avoir à prouver sa solvabilité.

« Le développement commence par là », entend-on répéter dans l’entourage gouvernemental. À Toviklin, cette phrase n’avait rien d’abstrait. Elle avait le visage des instituteurs présents dans la salle, qui savaient exactement de quelle école on parlait, et de quel robinet encore sec.

Reste l’exécution, seul juge des annonces. Les milliards devront se transformer en compteurs posés, en forages creusés, en panneaux fixés sur les toits. Le Couffo, ce mercredi, a entendu la promesse. Il attend désormais les chantiers.

M.M

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