De teint noir, de corpulence trapue et s’exprimant dans un français soigné, Monique Santchoukouma ne laisse guère paraître ses 50 ans ni son statut de mère de quatre enfants. Originaire de Natitingou, elle est arrivée à Cotonou dans son enfance au gré des affectations de son père, gendarme. C’est dans la capitale économique qu’elle a grandi, fondé sa famille et construit, à force de courage, une activité qui fait aujourd’hui vivre les siens.

D’un commerce de maïs au métier de meunière. En effet, tout est parti d’un commerce de maïs. Installée dans une grande boutique à Wologuèdè, des clients lui suggèrent un jour d’y adjoindre un moulin afin de proposer un service complet. L’idée fait son chemin et elle décide de tenter l’expérience. Très vite, ce qui n’était qu’une activité complémentaire devient sa principale source de revenus. Sans aucune formation, elle apprend le métier sur le tas et découvre une véritable passion pour la mouture des céréales.

Quinze ans d’expérience et un savoir-faire acquis sur le terrain
Aujourd’hui, Monique Santchoukouma totalise quinze années d’expérience dans le métier. Comme de nombreux meuniers au Bénin, elle est autodidacte. La profession demeure largement informelle et ne bénéficie d’aucun véritable dispositif de formation. Son savoir-faire est le fruit de l’observation, de la pratique et de l’expérience. Au fil des années, elle a fait de la mouture des céréales bien plus qu’une activité génératrice de revenus. Au fil des années, elle a acquis un savoir-faire reconnu, maîtrisant aussi bien le fonctionnement de son moulin que les pannes courantes de son moteur, des compétences développées essentiellement par l’expérience. Elle a appris à manipuler les équipements, à détecter certains dysfonctionnements et à effectuer les premiers diagnostics avant l’intervenant des réparateurs.

Le moulin, bouée de sauvetage après le décès de son époux

Son parcours bascule avec le décès de son mari. Restée seule pour élever leurs quatre enfants, elle traverse une année particulièrement difficile avant de reprendre progressivement son activité. Depuis, le moulin est devenu le principal soutien de toute la famille. Grâce à ce métier, elle a assuré la scolarité de ses enfants. L’aînée est aujourd’hui agent caissière, deux autres enseignants, tandis que le plus jeune continue son parcours scolaire.
Face aux charges familiales, elle encourage ses enfants, une fois le baccalauréat obtenu, à exercer une activité génératrice de revenus tout en poursuivant leurs études. Habitués très tôt à l’accompagner, ils savent tous manipuler le moulin. « Tous mes enfants savent moudre », affirme-t-elle avec fierté.

Une vie rythmée par le travail

Veuve depuis plusieurs années, Monique Santchoukouma ne peut compter sur le soutien de sa belle-famille. Tous ses beaux-frères et belles-sœurs sont décédés. Seule une tante est encore en vie.

Elle exerce son activité dans un modeste atelier en tôle loué à 5 000 F Cfa par mois à Calavi-Aïfa dans le département de l’Atlantique. La distance entre son domicile à Drabor et son lieu de travail l’a contrainte à vivre sur place afin de limiter les déplacements. Ce n’est que le dimanche, après le culte, qu’elle regagne sa maison avant de revenir dès le lundi matin. Habituée aux cadences extrêmes, elle confie qu’il lui est déjà arrivé de travailler de 7 heure à 7 heure, soit 24 heures sans interruption, pour satisfaire sa clientèle.

Elle reconnaît toutefois que les réformes encadrant désormais les horaires de son métier imposent des pauses qui ont modifié son rythme de travail. Dévouée à satisfaire sa clientèle, il lui arrive souvent d’enchaîner les prestations, de longues journées sans prendre le temps de manger. Une habitude qui, selon elle, lui a valu de développer un ulcère, conséquence de plusieurs années de travail intense.

Des investissements lourds malgré des revenus en baisse

Le moulin de Monique Santchoukouma fonctionne grâce à un compteur triphasé de 15 ampères alimentant un moteur de 10 chevaux. Entre l’installation électrique, la prise de terre, le moteur, le moulin et les différents accessoires, les investissements se chiffrent à plusieurs centaines de milliers de francs Cfa.

Autrefois, son activité pouvait lui rapporter jusqu’à 15 000 F Cfa par jour. Aujourd’hui, ses recettes oscillent généralement entre 7 000 et 8 000 F Cfa, avec des journées où elle peine parfois à atteindre 3 000 F Cfa.

« Il n’y a pas de sous-métier »

Malgré les difficultés, Monique Santchoukouma nourrit un rêve : acquérir d’autres moulins afin de développer son activité et d’améliorer ses revenus. Elle lance également un appel aux personnes de bonne volonté et aux organisations qui soutiennent l’entrepreneuriat féminin.
Son message aux femmes est sans équivoque : « Il n’y a pas de sous-métier. ». Pour elle, la dignité se trouve dans le travail, quel qu’il soit. Même si un homme fortuné lui proposait aujourd’hui une vie plus confortable, elle refuse d’abandonner le métier qui lui a permis d’élever ses enfants. « Qu’il améliore mes conditions, mon cadre de travail s’il le veut, mais je ne quitterai jamais mon moulin », conclut-elle avec conviction.

A l’arrivée, l’histoire de Monique nous prouve que le courage ne consiste pas à ne jamais tomber, mais à continuer d’avancer malgré les épreuves. En faisant tourner son moulin, Monique Santchoukouma a surtout fait tourner la roue de l’espoir pour ses quatre enfants.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE

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