Malgré les réformes engagées pour faciliter l’accès des ménages aux compteurs prépayés, une pratique continue de prendre de l’ampleur dans plusieurs maisons en location au Bénin : la revente du kilowattheure (kWh) par certains propriétaires à leurs locataires.

Au Bénin, le secteur de l’immobilier est régulièrement dénoncé pour les nombreuses pratiques qui s’y développent, aussi bien du côté de certains propriétaires que des démarcheurs. Entre frais imposés, exigences parfois excessives et absence apparente de contrôle, de nombreux locataires ont le sentiment d’évoluer dans un secteur où les abus se multiplient sans véritable encadrement. Pourtant, le sujet reste peu débattu dans l’espace public, comme si les difficultés rencontrées par les locataires relevaient d’une fatalité.

Parmi les pratiques les plus décriées figure la revente du kilowattheure (kWh) aux locataires. Alors que les réformes entreprises par l’État ont facilité l’accès aux compteurs prépayés individuels, certains bailleurs continuent de conserver un compteur unique afin de revendre eux-mêmes l’électricité aux occupants de leurs logements. Dans ces habitations, le locataire ne paie plus l’électricité au tarif officiel de la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE). Il achète plutôt ses unités auprès du propriétaire, qui fixe librement le prix du kilowattheure, souvent à un niveau largement supérieur au tarif réglementé. L’électricité devient ainsi, pour certains, une véritable source de revenus.

Pendant que la SBEE applique une grille tarifaire réglementée aux particuliers, de nombreux locataires paient leur électricité entre 250 et 300 F Cfa le kWh. Une pratique qui, ajoutée à l’utilisation de décompteurs parfois peu fiables ou absorbant une partie de l’énergie, alourdit considérablement les charges des ménages. Cette revente d’électricité, sans véritable encadrement, soulève des interrogations sur la protection des droits des locataires et la nécessité d’un contrôle plus rigoureux des autorités.

Cette pratique prive les locataires des avantages liés à un compteur personnel, notamment la transparence sur leur consommation et l’accès direct aux tarifs officiels. Plus grave encore, elle va à l’encontre de l’esprit des réformes engagées pour démocratiser l’accès aux compteurs prépayés et offrir davantage d’autonomie aux consommateurs.

Au-delà de cette question, c’est tout le fonctionnement du marché locatif qui mérite d’être interrogé. Si des textes existent, leur application semble encore insuffisante au regard des nombreuses plaintes formulées par les locataires. Beaucoup s’interrogent sur les contrôles exercés par les autorités compétentes et sur les sanctions encourues par ceux qui transforment un service essentiel comme l’électricité en une activité lucrative.

Le secteur de l’immobilier ne devrait pas être une zone de non-droit. Les réformes engagées par les pouvoirs publics gagneraient à être accompagnées de contrôles plus rigoureux afin de protéger les locataires contre des pratiques qui, au fil des années, tendent à se banaliser.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE

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