Trois jours d’échanges, de réflexions et d’apprentissages viennent de s’achever à Parakou. Réunis autour des enjeux de la désinformation, de la vérification des faits et de l’intelligence artificielle, une trentaine de journalistes du Septentrion quittent le séminaire avec une conviction commune : l’intelligence artificielle ne remplacera jamais le journaliste, mais elle peut devenir un allié précieux lorsqu’elle est utilisée avec rigueur, responsabilité et sens de l’éthique.
Organisé par le média en ligne Banouto en partenariat avec la Fondation internationale et pour l’Ibéro-Amérique d’administration et de politiques publiques (FIAP), le séminaire a pris fin le vendredi 26 juin 2026 à Kobourou City, à Parakou. Inscrite dans le cadre du projet de soutien de l’Union européenne à la CEDEAO en matière de paix, de sécurité et de gouvernance (UEPSG), ce séminaire était consacrée au renforcement des capacités des professionnels des médias sur la lutte contre la mésinformation, la désinformation, les discours de haine, la vérification des faits et l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle.
Pendant trois jours, les participants ont alterné ateliers pratiques, travaux de groupe, panels de discussion et échanges d’expériences afin de mieux comprendre les mutations profondes qui bouleversent aujourd’hui le paysage médiatique.
Pour Léonce Gamaï Davodoun, journaliste expert média et manager du groupe Banouto, les objectifs poursuivis ont été atteints. Selon lui, « le séminaire a permis de renforcer la compréhension des participants sur les discours de haine, de renforcer également leurs capacités à pouvoir lutter contre ces phénomènes et accroitre leurs intérêts pour l’apprentissage de l’IA afin d’en faire un usage responsable.»
Les témoignages recueillis à la clôture du séminaire traduisent un réel enthousiasme. Rédactrice en chef de Su Tii Sua FM à N’Dali, Nimatou Ogbon Sanni estime que cette formation arrive à point nommé dans un contexte où l’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les rédactions. « L’IA est là pour aider les journalistes et leur faciliter la tâche, et non pour les rendre paresseux », affirme-t-elle. Elle entend désormais partager les connaissances acquises avec ses collègues afin que toute sa rédaction puisse tirer profit de ces nouveaux outils.
Même satisfaction chez Christelle Akamiakou. Si elle reconnaît les nombreuses possibilités qu’offre l’intelligence artificielle, elle rappelle qu’aucun outil ne dispense le journaliste de vérifier l’origine des images et l’authenticité des informations avant toute publication. Elle souhaite toutefois que les prochaines sessions accordent davantage de place aux exercices pratiques afin de permettre aux participants de mieux maîtriser les différents outils numériques.
Pour Olivier Ribouis, directeur de publication de Banouto, cette formation constitue surtout un point de départ. Les journalistes ayant bénéficié du séminaire ont désormais la responsabilité de diffuser les compétences acquises au sein de leurs rédactions et de sensibiliser les communautés aux dangers des fausses informations et des discours de haine.
Le séminaire s’est achevé par un grand panel de clôture consacré au thème « Journalisme, désinformation et crises sécuritaires : expériences de terrain et contribution des médias à la prévention des conflits, à la cohésion sociale et à la consolidation de la paix ». Modérée par Albérique Houndjo, président de l’Association des Journalistes exerçant dans le Septentrion du Bénin (AJS-B), cette discussion a réuni Loukoumane Worou Tchehou, rédacteur en chef de SOTA FM à Malanville, Sylvanus Ayimavo, membre de l’Observatoire de la Déontologie et de l’Éthique dans les Médias (ODEM), ainsi qu’Osnia Gbankoto, juriste spécialiste des questions de paix et de sécurité. À travers leurs expériences de terrain, les panélistes ont rappelé que, face aux crises sécuritaires et à la montée des discours de haine, le journaliste doit demeurer un professionnel de la vérification, de la responsabilité et de l’apaisement, tout en faisant de l’intelligence artificielle un outil au service de la vérité plutôt qu’un vecteur de manipulation.
Trois jours ont suffi pour renforcer l’éthique journalistique et rappeler une vérité essentielle : à l’heure où les fausses informations voyagent parfois plus vite que les faits, l’avenir du journalisme ne dépend pas seulement des technologies, mais surtout des femmes et des hommes qui les utilisent.
Baudelaire SIMKPON (Stg) / Cécile BRISSO (Stg) / Lys Ledestin KADA (Stg)



