Entre financement extérieur, rigueur budgétaire et digitalisation

Le début du septennat 2026-2033 de Romuald Wadagni se joue sur le terrain économique. Ancien ministre de l’Économie et des Finances, il applique dès les premières semaines, la méthode qui l’a fait connaître : parler directement aux bailleurs, verrouiller le cadre fiscal et sortir les services publics de l’ère papier.

Dès le 10 juin 2026, le président reçoit à Cotonou Serge Ekué, président de la Banque Ouest-Africaine de Développement. L’audience porte officiellement sur l’état du partenariat entre l’institution régionale et le Bénin, et sur les conditions d’un approfondissement de leur coopération. 

Derrière cette rencontre se joue une stratégie claire. En renforçant les liens avec la Boad dès le début du mandat, Wadagni cherche à sécuriser les financements pour les projets structurants du Pag sans alourdir la dette extérieure bilatérale. La banque reste l’un des créanciers les moins coûteux pour les États de l’Uemoa, et son soutien envoie un signal de crédibilité aux investisseurs. 

Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’une séquence diplomatique engagée le 1er  juin avec des visites dans la sous région ouest-africaine, visant à consolider l’axe ouest-africain et à positionner le Bénin comme un partenaire stable dans une région marquée par l’instabilité.

Assainir le cadre fiscal pour sécuriser la monnaie

Sur le plan intérieur, le gouvernement affiche sa volonté d’assainir le cadre monétaire et fiscal. L’Assemblée nationale a adopté le 22 mai 2026 la loi n°2026-07 relative à la répression du faux monnayage et des autres atteintes aux signes monétaires. Le député Gérard Gbénonchi, président de la Commission des finances, a détaillé les objectifs du texte quelques jours plus tard.

Au-delà de la protection de la monnaie, cette loi vise à frapper les circuits de l’économie informelle et à élargir mécaniquement l’assiette fiscale. La nomination de Rodrigue Chaou à la tête du Ministère du budget et de la fonction publique confirme cette orientation. La formation du premier gouvernement a d’ailleurs été présentée comme l’épreuve fondatrice du mandat, un moment où se joue la capacité de l’exécutif à concilier rigueur et action publique.

La digitalisation au service de la diaspora

Le troisième levier de cette stratégie repose sur la digitalisation des services. Le ministère des Affaires étrangères et la Direction de l’Émigration et de l’Immigration ont lancé l’application ePASS, qui permet désormais aux Béninois de l’étranger de renouveler leur passeport entièrement en ligne.

Pour la diaspora, qui représente une source majeure de transferts financiers, c’est un changement concret. L’initiative répond à un double objectif. Elle améliore l’image de l’administration en réduisant les files d’attente et les contacts directs, souvent sources de lenteurs et de corruption perçue. Elle renforce aussi le lien avec les Béninois de l’extérieur, en vue de mobiliser davantage d’investissements et de compétences au service du pays.

Une méthode qui reste à l’épreuve du terrain

À travers ces premières décisions, la méthode Wadagni se dessine. Elle repose sur une exécution rapide, une crédibilité financière entretenue auprès des partenaires internationaux et une volonté de rendre l’administration plus accessible grâce au numérique.

Le risque reste celui de l’écart entre les annonces et la réalité du terrain. La crédibilité financière ne suffira pas si les projets financés tardent à sortir de terre et si les citoyens ne perçoivent pas d’amélioration dans leur quotidien. Le collectif budgétaire 2026 et la loi de finances 2027 constitueront le premier test concret de cette approche. 

Pour l’instant, le message est clair. Le Bénin sous Wadagni veut se présenter comme un pays solvable, prévisible et résolument tourné vers la modernisation de son administration.

Thomas AZANMASSO

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