Depuis son investiture, Romuald Wadagni imprime à la présidence béninoise une marque lisible : celle d’un technicien qui gouverne par la structure plutôt que par l’incantation. L’acte le plus symbolique reste le décret n°2026-358 du 5 juin 2026, qui installe un Collège de 12 ministres conseillers directement rattachés à la Présidence.
Ce choix n’est pas anodin. Il traduit une volonté de resserrer la chaîne de décision et de court-circuiter les lenteurs classiques de l’administration. En confiant à Jeanne Adanbiokou Akakpo la coordination de ce collège, le président crée une cheville ouvrière capable de faire remonter l’information et de faire redescendre les arbitrages sans passer par les 25 étapes bureaucratiques habituelles.
Sur le fond, la répartition des portefeuilles révèle une lecture pragmatique des urgences béninoises. Infrastructures, cadre de vie, agriculture, santé, défense, énergie, éducation : les secteurs vitaux sont couverts. L’idée est claire : chaque ministre conseiller devient un point focal stratégique, chargé d’apporter une expertise de terrain et de suivre l’exécution des politiques publiques dans son domaine. C’est un pari sur la spécialisation et la redevabilité directe.
La rupture avec le modèle classique est là. Le gouvernement conserve ses prérogatives, mais la Présidence se dote d’un bras technique permanent. Pour les défenseurs de cette approche, c’est la fin du pilotage à vue. Pour les sceptiques, c’est le risque d’un doublon avec les ministères et d’une centralisation excessive.
Ce qui tranchera, c’est le résultat sur le terrain. L’extension du Programme National d’Alimentation Scolaire Intégré et l’accélération du programme des 1000 premiers jours montrent que la machine est déjà en mouvement. Si le collège parvient à réduire le délai entre la décision et son application, Wadagni aura réussi à redéfinir le rôle de la présidence dans un régime présidentiel.
Reste la question de la lisibilité démocratique. Un tel dispositif ne peut fonctionner sans transparence sur les missions, les indicateurs et les évaluations. Les Béninois ne jugeront pas sur l’organigramme, mais sur l’état des routes, des écoles, des centres de santé et des marchés.
La gouvernance Wadagni est donc un test : celui de l’efficacité administrative comme levier de confiance publique.
Thomas AZANMASSO



