Face aux pathologies articulaires qui brisent les carrières des danseurs professionnels africains, l’Expert Consultant International du Patrimoine Culturel, Marcel Zounon, tire la sonnette d’alarme. Pour lui, c’est dans la convergence fusionnelle entre la biomécanique de l’Axis Syllabus et la science ancestrale du Kôdran Houn que réside la clé de la longévité de nos artistes.

C’est un diagnostic sans complaisance doublé d’un plaidoyer visionnaire. Marcel Zounon, figure majeure de la préservation et de la valorisation du patrimoine, vient de poser le doigt sur une tragédie silencieuse : l’usure physique prématurée qui frappe les virtuoses de la scène en Afrique. Faute de mécanismes rigoureux de relaxation et de récupération, la majorité des danseurs béninois et africains souffrent de traumatismes chroniques, notamment au niveau des genoux et du dos.

Pour endiguer ce fléau, l’expert international ne se contente pas de déplorer la situation ; il trace une voie révolutionnaire. Sa vision ? Unir la science contemporaine de l’Axis Syllabus et la sagesse endogène du Kôdran Houn pour motiver la recherche urgente de protocoles de relaxation adaptés aux corps des danseurs africains.

Kôdran Houn et Axis Syllabus : Deux sciences du corps qui se répondent

Pour comprendre la pertinence de la démarche de Marcel Zounon, il faut observer la convergence de ces deux approches.

D’un côté, le Kôdran Houn, une pratique sociale et thérapeutique d’une finesse inouïe née au XIXe siècle chez les Toffinou et les Sèto d’Agbodjedo (Cotonou), identifiée par l’équipe de recherche de l’expert en 2020. Lors des cérémonies dédiées au Vodun Hêviosso à travers la danse Atchina (ou Hounvè), le port de lourdes charges sacrées endolorissait cruellement le cou des initiés. Pour y remédier, les anciens ont codifié le Kôdran Houn, une danse de relâchement vertébral orchestrée au rythme du Gbéhou (grand tam-tam) et de l’Akpéssi, spécifiquement conçue pour restaurer la stabilité des cervicales.

De l’autre côté, l’Axis Syllabus, une «encyclopédie vivante du mouvement» formalisée dans les années 1990 par le chorégraphe américain Frey Faust. Ce système d’étude scientifique s’appuie sur l’anatomie, la physiologie, la physique et la biomécanique pour permettre au corps de bouger avec un maximum d’efficacité, de sécurité et de longévité. Au Bénin, cette méthode fait déjà école sous l’impulsion d’Éric Akakpo, président du CACO à Ouidah et précurseur du mouvement, et du chorégraphe Richard Adossou, premier Africain certifié pour enseigner cette discipline.

Fusionner les savoirs pour sauver les genoux de nos danseurs

L’apport conceptuel de Marcel Zounon est ici fondamental : il démontre que le Kôdran Houn et l’Axis Syllabus, couplés ensemble, constituent la matrice idéale pour fonder une nouvelle science de la récupération chorégraphique.

Si le Kôdran Houn a su régler empiriquement le problème des traumatismes du cou par le mouvement rythmique et si l’Axis Syllabus offre la rigueur scientifique pour analyser les limites articulaires, leur mise en commun doit impérativement pousser les chorégraphes et chercheurs africains à modéliser des mécanismes de relaxation musculaire globaux. L’objectif prioritaire est clair : éradiquer les maladies de genoux et les douleurs systémiques qui usent les corps des artistes.

En s’appuyant sur l’anatomie et la physiologie humaine (Axis Syllabus) tout en intégrant la mémoire corporelle et les dynamiques de nos danses (Kôdran Houn), le secteur chorégraphique africain peut enfin accoucher d’une méthode de prévention qui lui est propre.

La Vision Zounon : Un humanisme au service des acteurs culturels

Il faut louer avec force la clairvoyance de Marcel Zounon. Là où d’autres séparent la science moderne des traditions ou se contentent d’une vision purement folklorique du patrimoine, cet expert international y décèle des dynamiques d’une modernité absolue. Sa vision pour le secteur des Arts et de la Culture se veut profondément humaniste : replacer l’intégrité physique de l’artiste au centre de la création.

En invitant la communauté culturelle à cette réflexion transdisciplinaire, Marcel Zounon redonne ses lettres de noblesse aux savoirs endogènes et offre un avenir durable à la création contemporaine. C’est un appel vibrant à la responsabilité des directeurs de compagnies et des maîtres de ballets. Pour que demain soit meilleur, pour que la danse africaine continue de faire vibrer le monde sans sacrifier la santé de ses enfants, suivons la boussole tracée par Marcel Zounon.

Patrick H.Y. (Coll.)

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