Moins d’un mois après son investiture, le président Romuald Wadagni met en pratique sa promesse d’ouverture. Sa première sortie officielle l’a conduit chez le voisin nigérian, avant d’enchaîner sur une tournée qui couvre désormais sept capitales d’Afrique de l’Ouest.
Le 1er juin 2026, c’est à Abuja que Romuald Wadagni effectue son premier déplacement. Le signal est clair : resserrer les liens avec le Nigeria, premier partenaire commercial et frontalier du Bénin. S’ensuit une étape à Niamey, puis à Ouagadougou, Lomé, Abidjan, Dakar et Bamako.
À Abidjan le 4 juin, il rencontre Alassane Ouattara pour donner un nouvel élan à la coopération bénino-ivoirienne. Le 9 juin à Dakar, Bassirou Diomaye Faye l’accueille à l’aéroport militaire Léopold Sédar Senghor. Entretiens en tête-à-tête et séance de travail élargie au Palais de la République : les deux chefs d’État affichent une convergence sur l’intégration régionale, la sécurité et la coopération économique.
« Face aux défis auxquels la région est confrontée, Dakar et Cotonou parlent d’une même voix », résume la présidence béninoise.
Puis après, direction Bamako. Assimi Goïta reçoit le président béninois à l’aéroport Modibo Keïta-Sénou avec les honneurs protocolaires. Les discussions portent sur la coopération bilatérale et les mécanismes de stabilité dans l’espace sahélien.
Une diplomatie de l’ouverture, pas de l’alignement
En commençant par le Nigéria et le Niger, Romuald Wadagni a choisi de prioriser les pays avec lesquels le Bénin partage des frontières longues, des échanges commerciaux denses et des enjeux sécuritaires immédiats. Mais l’enjeu dépasse le voisinage immédiat. « Le Bénin restera ouvert au monde », avait-il affirmé lors de son investiture le 24 mai. Cette phrase, répétée dans ses échanges à l’étranger, résume la ligne directrice de sa politique extérieure : ne pas se replier sur les crises régionales, mais multiplier les points de contact.
L’ouverture se lit dans la géographie de la tournée. Cotonou parle à Abuja comme à Bamako, à Lomé comme à Dakar. Elle se lit aussi dans l’agenda à venir. Des visites officielles en France et en Chine sont à l’étude, selon des sources. L’objectif n’est pas de choisir un camp, mais de diversifier les partenariats économiques, technologiques et financiers.
Cette approche tranche avec une diplomatie qui attendrait que les crises se règlent avant d’agir. Ici, le dialogue est vu comme un levier pour stabiliser et attirer l’investissement. En multipliant les interlocuteurs, le Bénin cherche à se positionner comme un carrefour crédible, capable de dialoguer avec l’espace Cedeao, l’Union européenne, l’Amérique et l’Asie, sans s’enfermer dans une dépendance exclusive.
Reste la question de la traduction concrète. Pour que l’ouverture ne reste pas un slogan, les prochains mois devront produire des accords opérationnels : flux commerciaux facilités, projets d’infrastructure conjoints, accords de sécurité coordonnés.
Si la séquence actuelle tient, la diplomatie Wadagni pourrait redéfinir la place du Bénin : un petit pays ouvert, actif, qui parle à tout le monde et cherche à transformer cette ouverture en leviers de développement.
Th. A.



