Dans la ville de Parakou, le phénomène de la mendicité bat son plein. Longtemps ignoré, il prend de plus en plus d’ampleur et demeure difficile à contrôler, notamment en raison de la forte présence de personnes à besoins spécifiques dans les rues.

En effet, ces personnes en situation de handicap, ne disposant d’aucune source de revenus, sont contraintes de se lancer dans la mendicité pour survivre, surtout dans un contexte marqué par la cherté de la vie. Parmi elles, les plus fréquemment rencontrées sont les handicapés moteurs, les malvoyants. Cependant, au-delà de ces personnes vulnérables, d’autres individus valides en ont fait un véritable métier.

Dès les environs de 8 ou 9 heures du matin, ces derniers sont déjà en chemin, parcourant les quartiers munis d’un récipient destiné à recueillir les pièces que leur glissent les personnes de bonne volonté. D’autres, en revanche, se rendent à leurs emplacements habituels pour y attendre les aumônes. Sur le trajet, certains malvoyants sont accompagnés de guides, souvent leurs enfants ou des proches, tandis que des handicapés moteurs se déplacent tant bien que mal. Si certains s’efforcent de soigner leur apparence, d’autres se présentent dans un état de négligence visible, avec des cheveux roux et des vêtements mal entretenus.

Toutefois, ce phénomène touche une population mixte, composée en grande partie de personnes d’une trentaine d’années environ. Il est en outre remarquable que ce groupe de personnes abonnées à cette pratique soit majoritairement composé d’individus originaires de pays voisins tels que le Nigeria et le Niger, qui se déploient parfois avec toute leur famille pour rejoindre ceux déjà installés sur place. Malgré le soleil ou la pluie, grâce aux salutations et aux formules de bénédiction, ils parviennent à récolter de quoi subsister.

Les points de rassemblement les plus fréquentés sont la devanture de l’Institut français de Parakou, celle de la Zone sanitaire Parakou-Ndali ainsi que le Tribunal de première instance de Parakou, les marchés pour ne citer que ceux-là. Sur ces lieux, certains disposent leur bol et leur gourdin, d’autres leur tapis de prière pour s’acquitter des prières aux heures prescrites, leur caisse posée à côté. Par ailleurs, des vendeurs ambulants gravitent autour d’eux, facilitant ainsi leur quotidien.

De fait, nombreux sont ceux qui affirment connaître personnellement des individus ayant embrassé la mendicité comme activité principale et qui, au fil des années, ont réussi à accumuler une certaine aisance financière. Ces témoignages alimentent l’idée que ce « métier » peut s’avérer lucratif pour ceux qui en font le choix délibéré, au détriment des personnes véritablement dans le besoin.

Ce phénomène constitue un véritable défi pour la ville de Parakou en matière de développement social. Si la misère pousse certains à tendre la main, d’autres en ont fait un choix lucratif, brouillant ainsi les lignes entre vulnérabilité réelle et opportunisme. Plus préoccupant encore, la ville semble devenir une destination prisée par des individus venus de pays voisins qui s’y installent avec leur famille pour exercer cette pratique, accentuant davantage le phénomène et rendant son contrôle encore plus complexe.

Face à cette réalité qui s’étale au grand jour, il est urgent que les autorités municipales et les services sociaux compétents prennent des mesures idoines : recensement des personnes réellement vulnérables, mise en place de structures d’accueil et d’insertion, contrôle des flux de personnes étrangères exerçant la mendicité sur le territoire communal, et application effective des dispositifs déjà prévus par l’État. Car ignorer ce phénomène plus longtemps, c’est non seulement condamner les véritables nécessiteux à survivre dans l’ombre, mais aussi laisser la ville de Parakou devenir un carrefour de la mendicité organisée, au détriment de son image et de son développement.

Kouassi Oswald SIDOL (Stg)

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