À Djougou et dans de nombreuses localités du peuple Yom, il existe une préparation discrète qui traverse les générations sans faire de bruit. Ni plat de fête, ni mets de prestige, le Sagniha accompagne pourtant le quotidien de milliers de personnes. Héritage culinaire ancestral, cette bouillie fermentée continue de nourrir les familles, les cultivateurs et la mémoire collective d’un peuple profondément attaché à ses traditions.

Dans les concessions de Djougou, lorsque le soleil est au zénith et que les marmites restent silencieuses, le Sagniha prend souvent le relais. Cette préparation traditionnelle, réalisée principalement à base de pâte de mil et plus rarement de maïs, occupe une place particulière dans les habitudes alimentaires locales. Sa préparation commence généralement la veille. Après le repas du soir, une portion de pâte est conservée puis mélangée à de l’eau fermentée ou à de la bouillie de maïs. Le mélange est soigneusement remué jusqu’à obtenir une pâte semi-liquide. Celle-ci est ensuite conservée dans un récipient fermé jusqu’au lendemain.

Au petit matin, la magie de la fermentation a déjà opéré. À l’ouverture du récipient, la pâte a gonflé et développé cette texture caractéristique qui fait toute la singularité du Sagniha.

Pour le consommer, il suffit d’en prélever une quantité, de la déposer dans un bol et d’y ajouter de l’eau ou du lait selon les goûts et les circonstances. Simple dans sa composition, le Sagniha est pourtant riche de sens. Dans les champs, il constitue souvent le repas des cultivateurs qui cherchent à reprendre des forces après plusieurs heures de travail sous le soleil. Dans les ménages modestes, il permet également de faire face aux périodes difficiles en procurant une sensation durable de satiété.

À travers les décennies, sa préparation est restée pratiquement inchangée. Contrairement à de nombreuses recettes traditionnelles transformées par la modernité, le Sagniha a conservé son authenticité. Les gestes des grands-mères continuent de guider ceux des plus jeunes, perpétuant un savoir-faire transmis de génération en génération.

Fayçal DRAMANE

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