(Entre soulagement populaire et appels à une application rigoureuse)
C’est une excellente nouvelle pour les consommateurs, mais qui suscite déjà de vifs débats sur le terrain. Désormais, le refus des billets qualifiés d’« abîmés » ou de certaines pièces de monnaie par les commerçants et revendeurs est formellement interdit et sévèrement puni.
Les contrevenants s’exposent à une amende allant de 100 000 à 500 000 francs Cfa. Si cette décision salutaire est accueillie avec un grand ouf de soulagement par la population, sa mise en application concrète soulève de nombreuses interrogations légitimes.
Le défi de la sensibilisation et de la barrière linguistique
Pour que cette mesure soit pleinement efficace, le principal défi reste l’information. Dans les marchés et les commerces, les revendeurs et revendeuses sont souvent au cœur du problème en refusant systématiquement ces billets ou certaines petites pièces, comme les pièces de 10 francs, 25 francs et même 250 francs.
Il est donc crucial que le gouvernement ne se contente pas d’annonces officielles en français. Les communiqués à la radio et à la télévision doivent être largement traduits et diffusés dans toutes les langues nationales. Que ce soit à travers les médias traditionnels ou les crieurs publics dans les localités, le gong doit résonner dans toutes les langues locales pour que la population, et particulièrement les femmes des marchés, comprenne parfaitement les contours de cette nouvelle réglementation.
La question du suivi et des sanctions
Voter des lois ou prendre des décrets est une chose, mais assurer leur suivi rigoureux en est une autre. L’histoire récente rappelle des précédents mitigés, à l’instar de la loi sur l’interdiction des sachets plastiques non dégradables qui reste en vigueur mais souffre d’un manque flagrant d’application dans le quotidien des citoyens.
Pour éviter que cette nouvelle décision ne devienne une mesure sans lendemain, les autorités doivent clarifier les mécanismes de contrôle. La question essentielle qui se pose aujourd’hui est celle de la dénonciation : par quels moyens concrets peut-on signaler un commerçant en infraction ? Existe-t-il une ligne verte ou un numéro d’appel gratuit mis en place pour réagir au moment opportun face à un refus ? Les dispositions pratiques de contrôle doivent être rapidement clarifiées pour garantir l’application durable de la loi.
Vers une solution durable : l’hypothèse de la récupération
Au-delà des sanctions, une démarche d’accompagnement structurel pourrait faciliter cette transition économique. Le gouvernement gagnerait à étudier la possibilité de lancer une grande campagne nationale de récupération des billets abîmés et des pièces boudées par le commerce, afin de permettre aux citoyens et aux commerçants de les échanger directement contre des coupures et des pièces neuves. Une telle initiative permettrait d’assainir la masse monétaire en circulation tout en désamorçant les tensions dans les transactions quotidiennes.
Ainsi, entre espoir et scepticisme, les populations attendent désormais des actions concrètes pour que cette décision ne reste pas simplement une annonce de plus, mais devienne une réalité visible dans les marchés, commerces et transactions du quotidien.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE
