Chercheur reconnu, journaliste d’investigation aguerri, ancien cadre parlementaire – le nouveau directeur de la communication de la présidence de la République cumule des profils que peu de communicants institutionnels peuvent revendiquer. Sa nomination marque une inflexion dans la manière dont le régime Wadagni entend gérer son rapport aux médias et à l’opinion.

La Direction de la communication de la présidence de la République change de main. Fiacre Vidjingninou – docteur en sociologie politique et militaire, chercheur, journaliste d’investigation et ancien cadre de l’Assemblée nationale – succède à Wilfried Léandre Houngbédji, propulsé ministre porte-parole du gouvernement dans le premier cabinet du président Romuald Wadagni. Une passation de pouvoir entre deux profils complémentaires, qui dit beaucoup sur la philosophie communicationnelle du nouveau régime.

 Un profil hors norme

Profil singulier, il est nanti d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université Rennes 2, d’un carnet d’adresses dans les rédactions internationales les plus influentes et d’une connaissance intime des arcanes de l’institution parlementaire. Fiacre Vidjingninou, lui, coche toutes ces cases.

Docteur en sociologie politique et militaire depuis 2023, il est chercheur principal à l’Institut Béhanzin de Lagos et chercheur associé senior à l’Institut Egmont de Bruxelles – l’un des think tanks les plus respectés d’Europe en matière de relations internationales et de sécurité. Il enseigne par ailleurs à l’École nationale supérieure des armées du Bénin (ENSA), où il forme les cadres militaires de demain aux questions géopolitiques et sécuritaires. Son ouvrage De l’interventionnisme militaire à l’état de droit. L’armée béninoise en transition (1990-2020), paru en 2025 aux éditions L’Harmattan, fait aujourd’hui référence dans les cercles académiques et stratégiques traitant des transitions politico-militaires en Afrique de l’Ouest.

L’homme des médias internationaux

Mais c’est peut-être son ancrage dans le monde du journalisme d’investigation qui distingue le plus Fiacre Vidjingninou de ses prédécesseurs à ce poste. Correspondant de l’Agence France-Presse (AFP), collaborateur régulier de France 24, de Jeune Afrique et de Radio Nederland, il a couvert pendant des années les grands dossiers politiques, sécuritaires et économiques du continent depuis Cotonou. Référent de Reporters sans Frontières (RSF) au Bénin, il connaît les logiques de production médiatique de l’intérieur – leurs contraintes, leurs codes, leurs angles morts.

Cette double culture – celle du chercheur qui analyse et celle du journaliste qui raconte – constitue un atout considérable pour qui doit désormais gérer la communication d’un chef d’État à l’agenda dense et aux ambitions affichées. Comprendre comment les rédactions fonctionnent, anticiper leurs lectures, savoir ce qui fait un sujet et ce qui le tue : autant de réflexes qui s’acquièrent sur le terrain, pas dans les manuels de relations publiques.

Les années parlementaires, un socle solide

Avant de s’imposer dans les cercles académiques et médiatiques internationaux, Fiacre Vidjingninou a forgé sa connaissance des institutions béninoises au sein de l’Assemblée nationale. Il y a dirigé successivement la cellule de communication (CCOM) – en qualité de porte-parole de l’institution – puis la Cellule d’analyse des politiques de l’Assemblée nationale (CAPAN). Il y a également fondé et dirigé l’Institut parlementaire du Bénin (IPAB), structure dédiée au renforcement des capacités des élus et des cadres législatifs.

Ces années au Palais des gouverneurs lui ont offert une compréhension fine des rapports entre pouvoir exécutif, pouvoir législatif et opinion publique – une grille de lecture précieuse pour qui doit aujourd’hui orchestrer la communication au sommet de l’État.

 Une mission à la hauteur des enjeux

Le périmètre confié à Fiacre Vidjingninou est vaste. La Direction de la communication de la présidence a vocation à piloter l’ensemble des segments de la communication présidentielle et gouvernementale – presse écrite, audiovisuel, radio, digital – tout en exerçant un droit de regard sur la communication des structures et agences placées sous tutelle gouvernementale. Un poste central, stratégique, qui suppose une capacité à jongler entre la temporalité longue de la stratégie de marque institutionnelle et l’urgence quotidienne du cycle médiatique.

Dans un contexte régional où la bataille narrative fait rage – entre désinformation, ingérences extérieures et défiance croissante des opinions publiques vis-à-vis des institutions -, le choix d’un profil académique et journalistique pour ce poste n’est pas anodin. Il traduit une volonté, de la part du président Wadagni, de doter la communication de l’État d’une profondeur analytique que les communicants purement institutionnels peinent parfois à apporter.

Reste à Fiacre Vidjingninou à transformer une trajectoire brillante en efficacité opérationnelle au service d’un régime qui entend, dès ses premiers jours, affirmer sa différence.

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