Après 10 ans à la Marina, Patrice Talon referme, le dimanche 24 mai 2026, un mandat marqué par une double signature : efficacité administrative d’un côté, rétrécissement de l’espace démocratique de l’autre.
Sur le plan matériel, la rupture est visible. Digitalisation de l’administration, assainissement budgétaire, grands chantiers d’infrastructures : routes, port, énergie, agriculture. L’État a gagné en lisibilité et en crédibilité auprès des bailleurs. Le Bénin n’est plus géré comme une épicerie. La discipline macroéconomique a maintenu la croissance même face aux chocs extérieurs.
Mais cette modernisation a un coût politique. Le pluralisme a été réduit méthodiquement. L’opposition historique a été écartée des scrutins de 2019 et 2021, le code électoral réécrit à l’avantage de la mouvance, l’espace civique rétréci. Médias, syndicats, société civile ont évolué sous pression. Le Parlement a fonctionné comme une chambre d’enregistrement. Gouverner vite oui, mais sans contre-pouvoirs, on affaiblit l’alternance et la confiance.
Le décalage social est frappant. La croissance est saluée à l’extérieur, mais le coût de la vie pèse, l’emploi formel progresse lentement, et la jeunesse reste en marge. Les réformes ont créé des gagnants et des perdants sans filet de sécurité suffisant. La gouvernance technocratique, verticale, a alimenté un sentiment d’exclusion.
Le risque est structurel : un État plus performant sur le papier, mais moins enraciné dans sa société. Les réformes tiennent tant que la main qui les impose est là.
Le « clap de fin » laisse donc un pays plus moderne, mais avec une démocratie à reconstruire et une jeunesse en attente de preuves concrètes. L’héritage se jouera sur cette capacité à transformer l’efficacité technique en contrat social crédible.
Maximin TCHIBOZO
