(Pourquoi soutenir le génie précoce d’Okpèyèmi Agbalohoun et porter son art)

C’est une œuvre qui force l’admiration et qui paralyse le regard de quiconque traverse l’arrondissement de Pira, dans la commune de Bantè. Sans moule industriel, sans atelier professionnel, mais avec une foi inébranlable en son étoile, Okpèyèmi Agbalohoun vient de prouver que le génie n’attend pas les années, et encore moins les gros budgets.

À 19 ans, cet élève en classe de quatrième au Collège d’Enseignement Général d’Adjigo, selon les recoupements, a réalisé une prouesse monumentale : ériger de ses propres mains une réplique saisissante de la célèbre Statue de l’Amazone de Cotonou, fièrement baptisée « Place de Amazon Pira ».

L’image de cette réalisation parle d’elle-même. Dressée sur un socle artisanal en ciment, la sculpture capte toute l’essence de la guerrière béninoise. La posture est droite, le regard altier tourné vers l’horizon, et la lance fièrement tenue à la main. En observant les détails des drapés et la structure du monument, on a du mal à croire que ce travail est le fruit d’un jeune homme autodidacte. Okpèyèmi n’a jamais suivi le moindre cours de sculpture, n’a jamais fréquenté d’école des beaux-arts. Tout ce qu’il maîtrise, il l’a puisé dans son imagination, nourri par une patience infinie et une observation minutieuse.

 Place à la gestion de notre talent local

Le chef-d’œuvre prend une dimension encore plus émouvante lorsque l’on découvre les coulisses de sa création. Pour réunir les fonds nécessaires à l’achat du ciment et des matériaux de base, le jeune élève a dû faire des choix poignants, allant jusqu’à économiser régulièrement l’argent destiné à son propre petit-déjeuner. Chaque sac de ciment, chaque morceau de ferraille incorporé dans cette structure représente un sacrifice physique et personnel. C’est le ventre vide, mais l’esprit habité par le feu sacré de l’art, qu’Okpèyèmi a façonné cette statue jour après jour.

Une telle abnégation n’est pas passée inaperçue. Dans la localité, le courage de l’adolescent suscite un immense respect. La ferveur est telle que le maire de la commune de Bantè, Daniel Fatchehoun, a tenu à se déplacer en personne pour contempler la statue, saluer le génie précoce de l’élève et lui apporter ses encouragements.

Cette œuvre, brute et monumentale, pose désormais une question essentielle sur la gestion de nos talents locaux. Le génie d’Okpèyèmi Agbalohoun est désormais visible aux yeux de tous, gravé dans le ciment de Pira. Ce premier exploit appelle maintenant un accompagnement institutionnel et des soutiens de mécènes pour que ce jeune prodige reçoive la formation technique et les ressources nécessaires. Okpèyèmi a prouvé sa valeur en offrant à sa communauté un symbole de fierté ; il appartient désormais au public et aux autorités culturelles de porter son art vers les sommets qu’il mérite.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE

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