À peine installé à la tête du Bénin, le président Romuald Wadagni fera face à deux défis étroitement liés : réformer en profondeur le système éducatif et offrir des perspectives d’emploi à une jeunesse toujours plus nombreuse. Derrière les progrès enregistrés ces dernières années en matière de scolarisation, les fragilités structurelles demeurent. Et chaque année, près de 200 000 jeunes arrivent sur le marché du travail dans un contexte économique encore insuffisamment créateur d’emplois.

Le taux de scolarisation a nettement progressé au Bénin au cours de la dernière décennie. Pourtant, la question de la qualité de l’enseignement reste entière. Dans de nombreuses localités, les classes surchargées compliquent les apprentissages tandis que le déficit d’enseignants qualifiés, notamment dans les matières scientifiques, pénalise les élèves.

À cela s’ajoute une inadéquation persistante entre les formations dispensées et les besoins réels du marché du travail. Beaucoup de jeunes diplômés peinent à trouver un emploi correspondant à leurs compétences, alimentant un sentiment de frustration croissant.

Le nouveau chef de l’État devra ainsi accélérer la réforme de l’enseignement technique et professionnel, régulièrement présentée comme une priorité stratégique. L’objectif est clair : former davantage de techniciens, d’artisans qualifiés et de professionnels capables de répondre aux besoins des entreprises locales.

Le symbole des écoles exposées aux inondations

Dans plusieurs localités du Bénin, la question de l’assainissement des établissements scolaires est devenue emblématique des défis éducatifs du pays. Plusieurs écoles restent fortement exposées aux inondations, perturbant les cours et fragilisant les conditions d’apprentissage.

Pour le pouvoir en place, la rénovation des infrastructures scolaires ne relève donc plus seulement de l’éducation, mais aussi de l’aménagement du territoire et de la résilience climatique. Dans un pays confronté aux effets récurrents des pluies et de la montée des eaux, l’école doit devenir un espace sécurisé et durable.

Le numérique et les langues nationales comme leviers

Le numérique éducatif figure également parmi les grands chantiers annoncés. Développement des outils digitaux, accès aux ressources pédagogiques en ligne, modernisation des méthodes d’apprentissage : le gouvernement entend adapter l’école béninoise aux mutations technologiques.

Autre orientation majeure : la promotion de l’enseignement en langues nationales. Cette approche vise à améliorer la compréhension des élèves dès les premières années de scolarisation et à valoriser les identités culturelles locales.

Avec un mandat de sept ans, Romuald Wadagni dispose théoriquement du temps nécessaire pour engager des réformes structurelles profondes. Mais l’enjeu est pressant : éviter qu’une génération entière de diplômés ne bascule dans le chômage ou la précarité.

L’emploi des jeunes, une pression permanente

Au-delà de l’école, la question de l’emploi constitue l’un des principaux tests du nouveau pouvoir. Chaque année, des centaines de milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail alors que les capacités d’absorption de l’économie restent limitées.

Le secteur public, longtemps considéré comme un débouché privilégié, ne peut plus répondre à la demande. Le défi pour l’exécutif sera donc de créer un environnement favorable à l’investissement privé et à l’entrepreneuriat.

Simplification des procédures administratives, accès au financement, soutien aux PME : plusieurs leviers sont identifiés pour stimuler la création d’emplois durables.

Miser sur les secteurs à forte main-d’œuvre

Le gouvernement mise particulièrement sur certains secteurs jugés stratégiques : le BTP, l’agro-transformation et le numérique. Ces domaines présentent un fort potentiel de création d’emplois, notamment pour les jeunes peu qualifiés ou issus des formations techniques.

Les Zones Économiques Spéciales, notamment celle de Glo-Djigbé, sont appelées à jouer un rôle central dans cette dynamique. L’ambition affichée est de transformer ces espaces industriels en véritables moteurs de croissance capables d’attirer investisseurs et entreprises manufacturières.

Dans le contexte de la trêve politique instaurée jusqu’en 2031, le Pacte de responsabilité républicaine envisagé par les autorités pourrait également intégrer un important volet consacré à l’emploi des jeunes, en partenariat avec le secteur privé.

 Agir contre la montée des frustrations sociales

Le temps politique reste toutefois compté. Malgré la stabilité institutionnelle recherchée par le nouveau régime, l’absence de résultats visibles sur le front de l’emploi pourrait rapidement nourrir les frustrations sociales.

Car derrière les statistiques se cache une jeunesse en attente d’opportunités concrètes. Pour beaucoup, l’accès à un emploi stable demeure le véritable indicateur de réussite des politiques publiques.

Pour le président Romuald Wadagni, le défi est donc double : réformer l’école pour mieux préparer les jeunes aux réalités économiques, tout en accélérant la transformation de l’économie afin de créer suffisamment d’emplois. Deux chantiers immenses, mais décisifs pour l’avenir du Bénin.

Thomas AZANMASSO

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