Le président nouvellement élu au Bénin, Romuald Wadagni, lors de la présentation de son programme d’actions, a déclaré qu’à son arrivée << les artistes auront un salaire>>. Une promesse qui, un tant soit peu, a allumé une flamme jubilatoire dans le rang des acteurs culturels. Mais retournée dans tous les sens, cette promesse suscite la curiosité.
Au début de son premier quinquennat en 2006, Yayi Boni a placé la culture au cœur de sa vision de développement, promettant de faire du Bénin une « grande nation culturelle » par le biais du « changement » et de la « refondation ». De ce principe établi, l’ancien chef d’Etat à miroité monts et merveilles aux acteurs du monde de la création d’œuvres de l’esprit. Toute chose qui a suscité un engouement et un émerveillement sans garantie et sans lendemain dans le rang des acteurs culturels. Sans parler en termes de salaire, l’ancien chef d’État a su réunir, à l’époque, un champ lexical qui tendait vraisemblablement vers le même thème ouvertement employé aujourd’hui, « le salaire aux artistes ». Sauf qu’à l’époque, dans la suite des observations, l’ensemble des promesses se sont rapidement muées en la création du Fonds dédié au soutien des actions et activités artistiques et culturelles, ce qui s’appelait jadis »Fonds d’aide à la culture ». Après, cette dénomination a évolué pour qu’on en vienne finalement, sous le régime de son successeur, celui du »Bénin Révélé », Fonds du développement des arts et de la culture (Fdac) avec toutes les implications qui le jalonnent.
A la question, des précisions..
À quoi va ressembler « le salaire » que le chef d’État élu, Romuald Wadagni a promis donner aux artistes et sous quelle formule sa gestion sera faite ? Puisqu’au lendemain de la promesse, l’émotion vive a très vite gagné le rang des concernés, à la différence que personne n’a véritablement cherché à retourner la question à l’endroit et à l’envers pour voir le fond de la casserole. C’était tout de même normal. Vu que la joie de se savoir considérer à un tel point a pris de l’ascendance sur la logique. Et bien, tout souffle retenu, le salaire va ressembler à quoi ? Qui sont ceux qui peuvent véritablement en bénéficier ? Quand on sait qu’au Bénin, un agent payé par l’État est appelé fonctionnaire d’État, et donc est payé sur un indice et selon un grade, tous les artistes qui seront pris en compte par cette décision répondraient-ils concrètement aux critères de payement avec les diplômes requis ? Sur la base de quel indice seront-ils payés ? Ou bien le statut de l’artiste va-t-il conférer d’office aux artistes bénéficiaires tous ces indices ? Bref, ce sont là autant de questionnements qui retiennent l’attention lorsqu’on saisit cette belle promesse.
Mais le candidat, devenu Président, a apporté des clarifications. De ses explications, Romuald Wadagni a insisté sur le fait que son programme ne vise pas à salarier l’ensemble des artistes, mais plutôt à mettre en place un mécanisme d’accompagnement ciblé en faveur des talents avérés. Il s’agit, selon lui, d’un dispositif destiné à encourager la créativité, valoriser les œuvres artistiques et stimuler l’excellence. Le candidat défend ainsi une approche sélective, basée sur le mérite et la qualité, afin d’éviter toute banalisation de l’effort artistique et garantir un impact réel sur le développement culturel.
Pour illustrer sa vision, il a partagé l’exemple d’un sculpteur dont il a acquis une première œuvre inachevée mais prometteuse. En lui accordant par la suite une commande mieux rémunérée, le candidat explique que l’artiste a pu exprimer pleinement son génie, réalisant une œuvre encore plus aboutie et raffinée. Aujourd’hui, les deux créations sont conservées chez lui, témoignant, selon ses dires, de l’importance d’un accompagnement bien structuré pour révéler le potentiel des artistes.
M.M
