Lorsque les boutiques ferment progressivement et que les grands lieux commencent à se vider, Parakou change de visage. Sous ses lumières incomplètes des lampadaires, le grondement lointain des motos et la nappe sonore des bars à grande fréquentation, une autre vie commence discrètement après 22 h. Une ville très assourdissante, plus solide et ambiancée, où se croisent travailleuses discrètes de nuit, zémidjans fatigués, vendeuses ambulantes, jeunes en errance et habitants rentrant tardivement chez eux.

À côté du marché Zongo, des jeunes en attentes d’un rien du tout, quelques motos continuent encore de circuler malgré l’heure avancée. Des conducteurs de taxi-moto en quête des derniers clients de la nuit. Certains reviennent des bars, d’autres des gares routières ou des services de garde. « La nuit on gagne mieux mais, c’est aussi le moment où les risques augmentent. Moi je suis très spécialiste des courses de nuits », confie Moutakilou, un zémidjan rencontré sur place.

Dans les environs et même dans certains quartiers, les maquis et bars restent animés jusqu’à tard dans la nuit. Musique forte, éclats de rire, discussions autour des tables : pour plusieurs jeunes, ces espaces deviennent des lieux d’évasion après des journées marquées par l’oisiveté, le stress ou les difficultés familiales. Mais derrière l’ambiance festive se cachent parfois l’alcool excessif, les bagarres et des tensions qui surgissent dans l’obscurité. Sur certains axes peu éclairés, des femmes continuent de vendre du haricot, du riz sur d’autres des hommes communément appelé « minnanman » vendent des grillades pour cette jeunesse active dans la nuit et les voyageurs de passage. « La nuit nourrit aussi certaines familles, moi je sors chaque soir à partir de 20h30 et je gagne ma vie avec ce commerce », explique une vendeuse de haricot installée au bord de la route. Pour beaucoup, ces activités nocturnes représentent une nécessité économique plus qu’un choix.

Mais après 22h, la peur s’installe aussi dans certaines zones. Plusieurs habitants dénoncent l’insécurité grandissante dans les rues peu éclairées. Téléphones arrachés, agressions discrètes, le dealing de produits psychotropes, des tensions entre groupes alimentent l’inquiétude de certains riverains. « Quand il est tard, beaucoup préfèrent rentrer rapidement chez eux. Mais notre quartier fait d’avantage peur », raconte un habitant du quartier Kpérou Guérra dans le premier arrondissement.

La vie nocturne soulève à Parakou une autre réalité souvent ignorée : celle des travailleurs invisibles, d’une sécurité douteuse. Agents de sécurité, boulangers, taxi-moto, poursuivent leurs activités pendant que la majorité dort. Moutakilou s’en désole « La nuit, c’est deux réalités. Pour certains, c’est le moment où ils sont libres et où ils se battent pour chercher leur pain. Mais pour les autres, c’est là que tu vois les vrais problèmes de la ville et de la vie.»

Fayçal DRAMANE

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