Le projet de création de six pôles territoriaux porté par Romuald Wadagni s’inscrit dans une volonté clairement assumée de transformer en profondeur la manière dont l’État béninois conçoit, planifie et exécute le développement public. Derrière cette réforme territoriale se dessine une rupture majeure avec des décennies de centralisation administrative, où l’essentiel des décisions, des investissements et des infrastructures étaient concentrés autour de Cotonou et de quelques grandes villes du Sud.
Dans la nouvelle vision intitulée « Plus loin, ensemble », le territoire national est désormais structuré autour de six pôles régionaux : Atlantique-Littoral, Ouémé-Plateau, Zou-Collines, Mono-Couffo, Borgou-Alibori et Atacora-Donga. Cette architecture vise à créer des espaces économiques cohérents, capables de définir leurs propres priorités en fonction de leurs ressources naturelles, de leurs réalités sociales et de leurs avantages comparatifs.
Une rupture avec le modèle centralisé
Depuis plusieurs décennies, le modèle administratif béninois repose sur une forte concentration des décisions au niveau central. Cette organisation a permis une certaine cohérence nationale, mais elle a également montré ses limites en matière d’équité territoriale, d’efficacité des politiques publiques et de rapidité d’exécution des projets.
Le projet des six pôles entend corriger ces déséquilibres en rapprochant l’action publique des populations. Concrètement, chaque pôle devra disposer de ses propres mécanismes de planification et d’exécution des politiques publiques, dans un cadre aligné avec les orientations nationales.
Cette approche marque une transition vers un modèle de gouvernance territoriale plus décentralisé, où les réalités locales deviennent le point de départ des politiques de développement.
Des agences régionales comme bras opérationnels
Au cœur de cette réforme se trouvent les agences régionales de développement. Ces structures, prévues dans le programme, auront pour mission de coordonner les investissements publics et privés au niveau de chaque pôle, d’assurer le suivi des projets et de mesurer leur impact sur les populations.
Ces agences devraient jouer un rôle d’interface entre l’État central, les collectivités locales, les investisseurs et les acteurs économiques régionaux.
L’objectif est de fluidifier la mise en œuvre des projets, d’éviter les lenteurs administratives et d’assurer une meilleure efficacité des dépenses publiques.
Pour les promoteurs du projet, cette architecture institutionnelle permettrait de transformer l’administration publique en un système plus agile, orienté vers les résultats et la performance.
Une logique d’adaptation territoriale
L’un des principes fondamentaux de cette réforme est l’adaptation des politiques publiques aux spécificités de chaque territoire.
Dans le modèle actuel, les politiques publiques sont souvent uniformes, appliquées de manière identique sur l’ensemble du territoire national, malgré des réalités économiques et sociales très différentes entre les régions.
Avec les six pôles, chaque territoire pourra définir des priorités sectorielles en fonction de ses atouts : agriculture, industrie, tourisme, économie bleue, logistique ou encore artisanat.
Cette approche vise à maximiser l’efficacité des investissements publics en tenant compte des réalités locales.
Thomas AZANMASSO
