Ils sont en résidence de créations à l’Espace Culturel Le Centre. Mercredi 06 mai 2026, les artistes peintres Midegbeyan Ojisua du Nigéria et Léonel Zadji du Bénin ont ouvert les portes de leurs ateliers à l’Espace Culturel Le Centre aux hommes des médias pour une visite suivie d’un échange. Ceci en prélude à l’exposition collective qui aura lieu vendredi 15 mai 2026.

C’est depuis le 02 avril que les artistes Midegbeyan Ojisua du Nigéria et Leonel Zadji du Bénin ont établi résidence à l’Espace Culturel Le Centre pour laisser éclore leurs talents. Le fruit de ce qu’ils auront produit sera accessible au public, vendredi 15 mai 2026, lors d’une exposition collective. Mais avant, l’Espace Culturel Le Centre a concocté tout un programme, entre Work In Progress, ateliers jeunes publics, pour une immersion dans l’univers de ces deux artistes.

Venu du Nigéria, Midegbeyan Ojisua peint les émotions sur le visage. A ses dires, le visage est le meilleur endroit sur le corps humain où on peut lire les émotions. C’est le meilleur endroit où il arrive à lire, comprendre les intentions. Il a donc choisi de peindre beaucoup plus les figures de face comme de côté. Son travail ici se base sur la culture, spécifiquement ce qui est négligé dans la culture. De ses échanges avec Leonel Zadji, avec qui il est en binôme, Midegbeyan Ojisua fait le constat qu’il y a beaucoup de parties de la culture, de la tradition, de rites qui sont négligées au détriment d’autres. Il donne l’exemple de la scarification, sujet sur lequel travaille son binôme Leonel Zadji, pour demander si les Béninois s’intéressent aux messages derrières ces scarifications sur les visages de certains. Il trouve qu’on fait la promotion du tourisme en général, mais combien de Béninois à l’interne s’intéressent par exemple au Temple des pythons ? « Comme dans des musées, il y a de l’art abstrait, par exemple, qui est beaucoup plus exposé. Le tourisme est bien mis en valeur, tandis que certaines parties spécifiques de l’art, les rites, les danses, la scarification, les vêtements, l’habillement, tout ça est un peu négligé » a laissé entendre Midegbeyan Ojisua.

Admirateur de Léonard de Vinci, Midegbeyan Ojisua s’inspire de ses tableaux mais met en valeur ce qui n’est pas fini comme c’est le cas pour la Joconde.

Au public qui fera le déplacement, vendredi 15 mai 2026, pour le vernissage à l’Espace Culturel Le Centre, l’artiste nigérian espère que celui qui regarde une de ses peintures puisse comprendre que ce n’est pas toujours bien, le fait que certaines cultures, certains rites, certaines pratiques soient en train de disparaître. Qu’il voit ça, mais d’un point de vue émotionnel, parce qu’il peint beaucoup plus les émotions.

Leonel Zadji : la scarification sur le verre

15 ans déjà que Leonel Zadji est dans le métier de l’art. Ayant grandi aux côtés d’un père artiste plasticien, il s’est familiarisé avec l’art depuis sa tendre enfance. Déjà en classe de 1ère, il a commencé par vendre des tableaux. Comme Simon Berger, sa référence, il a choisi le verre comme médium pour s’exprimer, mais avec des chiffres. « Dans mes tableaux, je me sers des chiffres pour pouvoir matérialiser l’être humain » laisse-t-il entendre. Un médium délicat, compte tenu de sa fragilité. Pour Leonel Zadji, le verre et l’humain ont en commun la fragilité. Il souligne, cependant, que depuis 15 ans, qu’il travaille le verre, il n’a jamais enregistré de plaintes de clients dont le tableau se serait cassé. Pour lui, on protège beaucoup plus ce qui est fragile. Les collectionneurs font plus attention. Pour sa résidence à l’Espace Culturel Le Centre, Leonel Zadji travaille sur la scarification de manière générale. Pour lui, chaque visage scarifié porte un message. Il veut que, dans chaque famille, on s’interroge sur le message derrière chaque scarification. Les jeunes d’aujourd’hui, à ses dires, doivent se demander quelle scarification était sur le visage de leurs aïeux et quel en est le sens. « Aujourd’hui, on constate qu’il y a plus de visages lisses que de visages scarifiés. Avant, les visages parlaient, les blessures de l’âme ou toute autre matière utilisée parlaient. On pouvait reconnaître des lignées, des appartenances, à travers tous ces nombres de scarifications qu’on peut retrouver. Ce n’est plus le cas aujourd’hui » regrette l’artiste. Leonel Zadji souhaite voir ceux qui seront au vernissage du vendredi 15 mai, se poser des questions sur le sens des scarifications. « A travers mes œuvres, je me suis posé la question est-ce que mes ancêtres aussi se scarifiaient ? Quand ils vont se retrouver devant mes œuvres, il faudrait aussi quand même qu’ils poussent un peu plus loin leur curiosité, qu’ils fassent des recherches, pour savoir en fait d’où est-ce qu’ils viennent vraiment. Parce qu’aujourd’hui, ça ne se fait plus. On vient au monde et on vit que le quotidien » a laissé entendre Leonel Zadji.

Bertrand HOUANHO

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