À chaque grande pluie, le même scénario se répète à Cotonou. Routes submergées, habitations envahies, commerces paralysés, populations pataugeant dans des rues devenues rivières. Dans la capitale économique du Bénin, les inondations sont presque banales. Pourtant, depuis des décennies, les gouvernements successifs multiplient investissements, projets d’assainissement et programmes de drainage pour venir à bout de ce fléau.

Des milliards engloutis, l’eau toujours là. Depuis 2016, le Programme d’Assainissement Pluvial de Cotonou (PAPC), projet initié par le Gouvernement du Président Patrice Talon et dont le coût de réalisation estimé à 264 milliards FCFA, a pour ambition première de sortir définitivement la ville de Cotonou de l’inondation, à travers la construction de collecteurs d’assainissement pluvial. Objectif : 46 km de collecteurs primaires, curage de caniveaux, bassins de rétention. S’y ajoutent les projets Asphaltage, le pavage de rues et les ouvrages de drainage à Agla, Fifadji, Vêdoko ou Fidjrossè et autres.
Les études n’ont pas manqué. Cabinets hollandais, français, tunisiens ont produit des diagnostics : modélisations hydrauliques, relevés topographiques, schémas directeurs. Les experts pointent l’urbanisation anarchique, la nappe phréatique affleurante, la montée du lac Nokoué et l’obstruction des exutoires naturels.
Et pourtant, Cotonou boit la tasse
=Début mai 2026, une pluie de 17,3 cm en 4 heures a suffi. Agla-Hlazounto coupé du monde. À Sainte-Rita, l’eau à hauteur de taille. À Gbégamey, les commerçants écopent leurs boutiques. « On nous avait dit que les collecteurs allaient régler le problème. On a souffert des travaux, mais rien n’a changé », lâche Amélie, vendeuse de tissus à Dantokpa.
Le paradoxe est frappant. Jamais autant de moyens n’ont été mobilisés, mais jamais les populations n’ont autant exprimé leur impuissance. Quelques heures d’averse suffisent encore à paralyser la circulation et l’économie.
Cotonou à l’épreuve de l’urbanisation et du climat
Les spécialistes l’expliquent : Cotonou, bâtie sur un terrain plat entre l’Atlantique et le lac Nokoué, a une faible capacité naturelle d’évacuation. L’urbanisation rapide et anarchique réduit les espaces d’infiltration. Dans certains quartiers, les habitations sont construites dans des zones marécageuses ou sur des couloirs naturels d’écoulement. Les ouvrages sont parfois obstrués par les déchets ménagers. La croissance démographique dépasse les infrastructures.
Le changement climatique aggrave la situation. Les pluies intenses sont plus fréquentes. Les experts alertent sur les conséquences du réchauffement dans les villes côtières d’Afrique de l’Ouest. À Cotonou, l’élévation du niveau de la mer et les fortes précipitations accentuent les risques.
Un défi permanent pour les décideurs
Chaque gouvernement hérite d’un problème ancien et tente d’y répondre par de nouveaux investissements. Mais les résultats restent en deçà des attentes. Les critiques visent la qualité de certains ouvrages, l’insuffisance de l’entretien ou l’absence de planification urbaine rigoureuse.
Il serait pourtant injuste de nier les efforts consentis. Plusieurs infrastructures ont réduit les risques dans des zones autrefois fortement exposées. Des quartiers connaissent des améliorations notables. Mais l’ampleur du phénomène et l’évolution rapide de la ville rendent les solutions difficiles à pérenniser.
Les inondations à Cotonou illustrent les limites des politiques urbaines face aux réalités environnementales et démographiques. Elles rappellent que les infrastructures seules ne suffisent pas. La lutte exige une approche globale : urbanisme, gestion des déchets, sensibilisation, entretien régulier des ouvrages et respect des normes de construction.
Dans la capitale économique, les eaux de pluie posent une question fondamentale : comment construire une ville résiliente dans un contexte de forte urbanisation et de changement climatique ? L’interrogation reste au cœur des préoccupations, alors que chaque saison des pluies ravive les mêmes inquiétudes.
Th.A.






