Révéler un pays, élever les standards : lecture d’une décennie
Vendredi 1er mai, au moment où le monde célébrait la fête du travail, les Béninois
rendaient hommage à celui qu’ils considèrent comme un travailleur acharné, un
bâtisseur : Patrice Talon. Hasard du calendrier, cette date coïncide également avec son
anniversaire. Comme un symbole.
Pour moi, ce moment est loin d’être anodin. Il dit quelque chose de plus profond qu’une
célébration. C’est une lecture collective d’une décennie de transformation. C’est donc
naturellement que j’ai tenu à mêler ma voix à celle de tous ces concitoyens pour lui dire
Merci.
En 2016, j’ai fait le choix d’adhérer au programme Nouveau départ. Un choix lucide, pas
émotionnel. Parce que la promesse était claire : rompre. Rompre avec des pratiques
installées, rompre avec une certaine tolérance à l’approximation.
Dix ans plus tard, il serait trop simple de s’arrêter aux infrastructures. Oui, elles sont
visibles, indéniables, largement commentées. Mais ce n’est pas là que se situe, à mon
sens, le changement le plus structurant.
Le véritable basculement est culturel. Il tient en une évolution progressive de notre
rapport au travail, à la rigueur et à l’exigence dans l’action publique.
Pendant longtemps, notre système a fonctionné avec des standards variables : délais
incertains, exécution inégale, responsabilité diffuse. Ce modèle n’a pas totalement
disparu, mais il est désormais sous tension. Une autre logique s’est imposée, parfois de
manière brutale, souvent assumée : celle de l’obligation de résultat.
Et cette logique a été portée par une méthode. Une méthode claire, parfois dérangeante,
mais constante : “Vous allez en souffrir, mais vous n’y pourrez rien.” Cette phrase a
marqué, choqué parfois, mais elle a surtout installé une rupture nette avec une pratique
bien connue : celle du rétropédalage face à l’impopularité.
Or, il faut le dire clairement : toute transformation réelle produit de la résistance. Et le
rôle d’un dirigeant n’est pas toujours de plaire. C’est parfois d’assumer l’impopularité
pour faire avancer.
Mais au-delà des politiques publiques, un autre chantier s’est ouvert, moins visible mais
plus exigeant : celui des mentalités. Car “Révéler le Bénin aux Béninois et au monde”
n’est pas qu’un slogan, c’est un processus. Et ce processus commence concrètement
par chacun de nous.
Aujourd’hui, une dynamique est enclenchée : une exigence plus forte dans l’exécution,
une attente accrue de résultats, une moindre tolérance à la médiocrité. Tout cela reste
fragile, tout cela peut reculer.C’est pourquoi la question n’est plus seulement celle du bilan. Elle est désormais celle
de la responsabilité : sommes-nous prêts à maintenir ce niveau d’exigence et à
refuser le confort des anciennes pratiques ?
Ce vendredi 1er mai, sur la Corniche, il y avait de la fierté. Mais au-delà de la fierté, il doit
y avoir une lucidité. Car la continuité ne se décrète pas, elle se construit, dans les
décisions publiques mais aussi dans les comportements individuels.
Projetons-nous vers le Bénin de 2033. Rêvons-le, mais surtout construisons-le.
Plus qu’une ambition, c’est une exigence collective.
Il nous faut garder le cap.
Ne diminuons pas d’ardeur et refusons le confort des acquis.
Le plus grand chantier est désormais entre nos mains.
C’est à ce prix que les remerciements d’aujourd’hui adressés au Président sortant
prendront tout leur sens.
Djamila IDRISSOU SOULER
Consultante en management des organisations



