En quinze ans, Hassan Dakhlallah a propulsé Porteo Group au statut de géant panafricain dans le secteur du BTP. Avec 3 000 km de routes construites et 12 000 employés, cet entrepreneur ivoirien privilégie l’action plutôt que les discours. Son principe fondamental : l’exécution concrète est le seul moyen d’atteindre une véritable souveraineté économique pour l’Afrique de demain.

Dans le brouhaha des grandes villes africaines, où le bruit des moteurs se mêle à l’effervescence des chantiers, un nom s’est imposé comme le symbole du bitume en quinze ans : Hassan Dakhlallah. Le président du conseil d’administration de Porteo Group ne se contente pas de prendre la parole pour le plaisir de s’exprimer. Son langage est celui des chiffres, des kilomètres et, surtout, de l’action. Alors que l’Afrique célèbre les ambitions de sa Zone de libre-échange continentale (ZLECAf), cet entrepreneur ivoirien rappelle une vérité dure mais essentielle : la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit, mètre par mètre.
L’odyssée de la persévérance : de NSE-CI à l’empire Porteo
Tout débute en 2011. À cette époque, la Côte d’Ivoire émerge d’une période de troubles et commence sa reconstruction. C’est dans ce contexte d’infrastructure vierge que NSE-CI voit le jour. Hassan Dakhlallah ne recherche pas le profit immédiat, mais un ancrage durable. Quinze ans plus tard, la transformation est impressionnante. Renommée Porteo Group en 2020, l’entreprise a abandonné son statut local pour adopter une envergure panafricaine. Aujourd’hui, Porteo Group représente un réseau de plus de vingt filiales opérant dans sept pays. Avec un chiffre d’affaires de 737 millions d’euros et plus de 10 200 employés, le groupe a prouvé que les acteurs régionaux peuvent rivaliser avec les multinationales d’Europe ou d’Asie. En 2024, l’hebdomadaire Jeune Afrique a d’ailleurs reconnu cette ascension en plaçant le groupe au 342e rang de ses 500 champions africains. Une reconnaissance qui récompense une méthode : celle du silence et de la conviction.
Le paradigme de l’exécution : au-delà de la vision politique
L’Afrique a toujours eu des visions. Des plans de développement décennaux aux agendas continentaux, les ministères regorgent de promesses. Pour Hassan Dakhlallah, le véritable défi du continent réside dans la mise en œuvre. « Nous passons d’une époque où l’on discutait des priorités à une époque où l’on évalue les capacités », déclare-t-il avec la clairvoyance de celui qui a une expérience du terrain. Sa philosophie est claire : un plan public reste une abstraction s’il n’est pas concrétisé par un opérateur capable de le transformer en réalité tangible. Pendant des décennies, l’Afrique a confié sa construction à des mains étrangères, créant une dépendance structurelle qui a lourdement pesé sur les balances de paiements et sur la réactivité des États. Porteo Group se positionne comme la solution à cette lacune. En devenant un opérateur de référence, le groupe propose aux États une alternative souveraine : une expertise africaine, pour des besoins africains, avec une compréhension profonde des réalités climatiques, sociales et logistiques du terrain.
L’intégration verticale : un rempart contre les incertitudes mondiales
Dans un contexte où les chaînes d’approvisionnement sont devenues des instruments géopolitiques, Porteo Group a pris une décision stratégique audacieuse : l’intégration verticale. Alors que ses concurrents choisissent de fragmenter leurs opérations, Dakhlallah a opté pour la sécurisation de la chaîne de valeur. Ingénierie, logistique, production de matériaux, exécution : le groupe maîtrise les éléments essentiels. Produire localement la majorité des composants nécessaires aux projets n’est pas seulement une question de fierté nationale, mais une stratégie de survie économique. Cette méthode permet de diminuer les coûts, d’assurer la qualité et, surtout, de respecter des délais souvent perturbés par des importations irrégulières. C’est cette solidité qui permet aujourd’hui à Porteo de revendiquer plus de 3 000 kilomètres de routes livrées, transformant les corridors régionaux en véritables artères de croissance.
La crédibilité comme monnaie d’échange: l’exemple du Gabon et de BGFI Bank
La récente signature d’un partenariat avec l’État gabonais et BGFI Bank pour la modernisation de la route Alembé-Lopé est un exemple emblématique. Ce contrat ne concerne pas uniquement le bitume ; il incarne la confiance des institutions financières africaines envers leurs propres champions. Lors de la cérémonie, Hassan Dakhlallah a souligné l’importance historique de cet acte. « Ce que nous signons dépasse largement un simple contrat. C’est un engagement commun à bâtir une Afrique des solutions, structurée, connectée et ambitieuse », a-t-il déclaré. Cette crédibilité se construit dans la discipline. Pour Dakhlallah, maintenir la même rigueur d’Abidjan à Libreville est le seul moyen de forger une marque indélébile. La discipline stricte imposée dans les processus de gestion et d’exécution est devenue la signature du groupe, rassurant à la fois les bailleurs de fonds et les gouvernements.
La Fondation Porteo : construire l’humain pour pérenniser l’ouvrage
Pour Hassan Dakhlallah, une route qui ne mène pas à une école ou à un dispensaire est une route inachevée. Cette conviction a donné naissance à la Fondation Porteo. En s’engageant dans la construction d’infrastructures communautaires à fort impact social, le groupe s’assure que son passage laisse une empreinte bien plus profonde que le simple goudron. Cette approche globale du développement repose sur une idée simple : l’entreprise ne peut prospérer que dans un environnement socialement stable et éduqué. En formant des milliers de techniciens et en investissant dans la santé de proximité, Porteo contribue à la création d’une classe moyenne technique, essentielle à la maintenance future des infrastructures livrées. L’entreprise et la fondation représentent ainsi les deux faces d’un même projet : bâtir des territoires, pas seulement des ouvrages.
Un appel à l’action pour la décennie à venir
Regardant vers l’avenir, le PCA de Porteo Group n’hésite pas à exprimer ses inquiétudes face à un monde qui se fragmente, mais il refuse le fatalisme. Son message pour la prochaine décennie est formulé avec une clarté qui contraste avec les discours habituels. « J’espère que l’Afrique sera jugée sur ce qu’elle construit plutôt que sur ce qu’elle annonce ; qu’elle sera évaluée à l’aune de ses réalisations, et non de ses promesses ; qu’elle sera reconnue pour la solidité de ses acteurs, au-delà de la richesse de ses ressources », a-t-il laissé entendre. La question qu’il soulève en filigrane est celle de l’écosystème : l’Afrique peut-elle faire émerger d’autres champions de la taille de Porteo ? Cela nécessitera un alignement audacieux entre les décisions politiques, l’accès aux capitaux locaux et une réforme profonde des systèmes éducatifs pour former les ingénieurs de demain.
L’Afrique possible est celle qui s’exécute
En quinze ans, Hassan Dakhlallah a démontré que la fatalité n’est qu’une illusion pour ceux qui choisissent de se confronter à la réalité des chantiers. Porteo Group n’est pas seulement une entreprise de BTP ; c’est un laboratoire de la souveraineté africaine en action. En choisissant de répondre aux grandes questions du continent par des actes mesurables tels que des kilomètres de routes, des milliers d’emplois, et des filiales établies dans sept pays, il prouve ce que peut produire une capacité d’exécution patiemment construite, sans raccourci. L’image qui demeure est celle d’un homme qui, loin des projecteurs, continue de tracer sa voie. Son héritage est déjà visible sur les cartes géographiques, mais son véritable défi reste de convaincre toute une génération d’entrepreneurs que le temps des discours est révolu. Place aux bâtisseurs. Place à l’exécution.