Le Centre de recherche et de formation « Le Chant d’oiseau à Cotonou a prêté son cadre, le 16 avril 2026, à une réflexion de haute portée intellectuelle. Sous l’égide de l’Institut des Artisans de justice et de paix (Iajp), avec le soutien de la Fondation Konrad Adenauer, le Professeur Théodore Holo a décortiqué un thème brûlant : « Les institutions juridiques en Afrique : entre contre-pouvoir et continuité du pouvoir exécutif ».
Devant une audience attentive, l’ancien Président de la Cour Constitutionnelle du Bénin et agrégé de droit et science politique a dressé un bilan rigoureux des mécanismes qui entravent l’indépendance de la justice sur le continent. Pour l’éminent juriste, le constat est clair : malgré l’existence formelle d’institutions, leur capacité à agir comme un véritable contre-pouvoir reste souvent bridée par des réalités structurelles.
Trois leviers majeurs de fragilisation ont été identifiés lors de cette conférence. D’abord, la dépendance opérationnelle : le pouvoir judiciaire ne dispose pas de la force publique pour faire exécuter ses décisions, restant ainsi tributaire du bon vouloir de l’exécutif. Ensuite, le mode de désignation des juges constitutionnels qui, dans de nombreux pays, favorise une proximité politique avec le pouvoir en place. Enfin, l’absence d’autonomie financière place les tribunaux sous la tutelle budgétaire directe du gouvernement et d’un parlement souvent aligné. Le Professeur Holo en appelle à une conscience citoyenne. Rappelant que la démocratie est un processus toujours en devenir, il a exhorté les participants à s’engager pour une citoyenneté responsable, seule capable de protéger les institutions des dérives autoritaires.
À cette occasion, le père Éric Aguénounon, directeur de l’Iajp, a porté un regard analytique sur la décennie de gouvernance du président Patrice Talon, tout en ouvrant un débat profond sur la nature même des institutions républicaines. Le père Aguénounon a tenu à saluer l’engagement du chef de l’État qui s’est investi pour révéler la destination Bénin sous le prisme de la culture et des infrastructures. Au-delà des réalisations matérielles, c’est la portée symbolique du respect des cycles constitutionnels qui a été mise en avant. Pour l’homme d’Église, le fait de passer le témoin après dix années constitue une étape majeure pour la vitalité démocratique du pays. Il a rappelé que la Constitution doit être perçue comme un bouclier collectif. Le bien commun est notre toit et lorsqu’une tempête ou un orage l’enlève nous sommes tous soumis aux intempéries, a-t-il affirmé pour illustrer l’importance de protéger les cadres juridiques contre les ambitions personnelles.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE






