«Il est toujours joli, le temps passé.
Une fois qu’ils ont cassé leur pipe,
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés :
Les morts sont tous de braves types. »
Ce refrain de la chanson « le temps passé » de Georges Brassens est toujours d’actualité, aujourd’hui plus qu’hier dans nos sociétés africaines.
Mercredi 15 avril 2026, lors de son discours d’investiture, es qualité président de l’Assemblée nationale, 10e législature, un hommage, pour le moins inattendu, a retenu les attentions, celui de Joseph Djogbénou à Honorine Rose-Marie Vieyra Soglo, affectueusement appelée Rosine Soglo, la toute Première Dame du Bénin de l’ère du renouveau démocratique. Rosine Soglo n’a pourtant jamais été Présidente de l’Assemblée nationale. Mais c’est comme si elle l’a été plus d’une fois, ayant plus d’une fois tenu le maillet, en qualité de Doyenne d’âge. Et, pour cet hommage, le premier qui a vraiment retenu les attentions, depuis le rappel à Dieu de la Maman nationale, en ce triste jour du 25 juillet 2021, Joseph Djogbénou a su trouver les mots justes, de sorte à émouvoir son auditoire. « Avocate remarquable et politique remarquée, sa cécité lumineuse éclairait les débats parlementaires d’une rare perspicacité et d’une féconde lucidité. Brave et stratège, cheffe de parti et directrice de pensée de son groupe politique, de ses partisans voire de ses détracteurs, Rose-Marie Honorine Vieyra SOGLO, connue de renommée et de réputation glorieuse comme Maman Rosine, ne fut pas seulement une Grande Femme. Elle fut un Grand Homme d’Etat (Homme avec « H » avec tout ce qu’il y a d’humanité qui transcende l’espace et le temps). Elle fut surtout un législateur hors pair dont la figure, la posture et la présence ne laissaient personne indifférente » a souligné le président de l’Assemblée nationale, 10e législature.
Et c’est ce qu’était en vrai Rosine Soglo.
Mais elle n’a pas toujours été célébrée telle qu’elle. Dans un monde politique dominé par les hommes, Rosine Soglo a osé, en devenant la première femme cheffe de parti, la Renaissance du Bénin (RB), instrument politique pour accompagner son époux Président de 1991 à 1996. Et même après l’échec de Nicéphore Soglo à la présidentielle de 1996, la Renaissance du Bénin a connu des heures de gloire, en tant que principal parti de l’opposition aux régimes Kérékou et Yayi. Mais ce n’est pas tant ses qualités d’Amazone des temps modernes, sa capacité à résister, à tenir tête aux hommes, en intelligence, en résilience qui ont fait d’elle celle à combattre, c’est surtout ses vérités crues, sans langue de bois. Rosine Soglo, c’est la femme qui met le pied dans le plat à souhait, sans fioritures, sans craindre quoi que ce soit. Et cela lui a valu beaucoup d’inimités, souvent exprimées sous cape, dès fois publiquement. Certes, il arrive aussi à Rosine Vieyra Soglo d’en faire un peu trop. Mais elle a d’innombrables valeurs qui n’ont jamais été reconnues à juste titre. Point n’est besoin de rappeler ses nombreuses œuvres caritatives en direction de la femme et de l’enfant. Elle a été surnommée « La mère des triplés » pour s’être révélée comme le principal soutien financier et moral des femmes qui accouchent plus de deux enfants en un seul geste. Ses prises de position pour la défense de la gent féminine ont fait d’elle une pionnière dans la lutte contre les violences basées sur le genre. Tous ces combats, qui ne sont pas reconnus à leur juste valeur, peuvent être objet de frustrations pour toute personne.
De toute évidence, Rosine Soglo a marqué d’une empreinte indélébile l’histoire politique du Bénin de l’ère du Renouveau démocratique. Elle n’a pas été célébrée à la hauteur de son engagement politique et social. Elle n’a même pas eu d’hommage national après son décès. Les quelques rares initiatives sont venues d’associations non étatiques. L’hommage de Joseph Djogbénou n’est donc que justice. Même si on aurait aimé qu’un tel hommage lui soit rendu de son vivant.
Bertrand HOUANHO


