Le Directeur départemental des Enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle de l’Atlantique a publié une note circulaire interdisant formellement l’exigence de frais de matières d’œuvres aux apprentis. Désormais, seuls les frais d’inscription officiels sont autorisés pour garantir l’accès de tous à l’examen.
Mathias Amour Ahomadegbe a clarifié les règles régissant l’organisation du Certificat de qualification aux métiers (Cqm). Cette intervention fait suite à la persistance de pratiques irrégulières où des formateurs imposaient des charges financières supplémentaires aux candidats sous prétexte d’achat de consommables ou de petit outillage.
La note circulaire rappelle, d’après le Journal Le Potentiel, avec fermeté que le processus de certification est strictement encadré par les textes réglementaires. L’autorité départementale souligne que le paiement des 12 500 F Cfa pour l’inscription constitue l’unique obligation financière des apprentis. Tout prélèvement au-delà de ce montant est désormais qualifié d’illégal et expose ses auteurs à des sanctions disciplinaires immédiates. Cette décision vise à assainir les centres de formation et à protéger les usagers contre toute forme d’extorsion.
Par cet acte, l’État béninois réaffirme son engagement à prendre en charge l’intégralité des matières d’œuvres nécessaires aux évaluations pratiques. En centralisant la fourniture des intrants, l’administration garantit que chaque candidat, quel que soit son milieu social, dispose des mêmes outils pour démontrer ses compétences. Pour la session d’avril 2026, les centres de composition sont instruits de recevoir les apprentis sans aucune condition financière supplémentaire, rétablissant ainsi l’examen dans sa mission de service public.
L’ombre persistante du poids de la libération
Si cette mesure règle la question de l’examen officiel, elle laisse entier un problème social plus profond : le calvaire post-diplôme. Pour beaucoup d’apprentis, le CQM n’est que la première haie d’une course d’obstacles financièrement épuisante. Une fois le succès acquis, une autre réalité s’impose, celle des exigences des patrons pour la remise physique du diplôme.
Dans des ateliers, le précieux document est pris en otage. Pour l’obtenir, l’apprenti est souvent contraint d’organiser une réception fastueuse pour « honorer » son formateur. Des tenues imposées aux menus de fête, tout est parfois dicté par la patronne ou le patron. Entre menaces de malédictions et rétention illégale du diplôme, les jeunes diplômés se retrouvent pris au piège d’une tradition qui se transforme parfois en exploitation, les forçant à l’endettement avant même d’avoir ouvert leur propre atelier. Cette pratique, bien que située hors du cadre étatique, reste le défi majeur pour une réelle émancipation des artisans béninois. Alors que l’État s’efforce de réguler la phase officielle de l’examen (le CQM), la phase informelle de la remise du diplôme reste une zone grise où règnent des pressions sociales et spirituelles.
Le recours aux menaces de malédiction est l’aspect le plus complexe. Il joue sur la crainte révérencielle que l’apprenti porte à son maître. Dans l’imaginaire populaire, quitter son patron sans une cérémonie de « bénédiction » coûteuse, c’est s’exposer à l’échec professionnel. Cette pression psychologique est parfois plus efficace que n’importe quelle contrainte physique. Le combat de l’État contre les frais illégaux du CQM est une première étape, mais le problème est plus profond. Il est crucial que les collectifs d’artisans fixent des règles éthiques pour limiter les exigences lors des libérations afin qu’une réussite technique ne se transforme en un véritable fardeau financier et psychologique pour les jeunes diplômés et leurs familles.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE







