INTRODUCTION
Le peuple béninois vient de voter. Nous allons avoir un nouveau Président pour les sept prochaines années, avec toutes les chances d’une prolongation pour sept années supplémentaires.
Quatorze ans pour mettre le Bénin sur la rampe de lancement du Bénin 2060 promis pour être « un monde de splendeur », un pays de paix, de bonne gouvernance, de prospérité, de rayonnement et de bien-être commun.
Nous venons de passer dix années intenses au cours desquelles le pays s’est couvert d’infrastructures, de sites inspirants, cependant qu’il adoptait les standards internationaux les plus exigeants.
Malgré cela, le Bénin reste un marché modeste aux yeux des investisseurs internationaux, avec quinze millions d’habitants dotés d’un pouvoir d’achat limité. L’économie est largement dépendante de la commande publique et une partie du PIB est générée grâce à l’endettement international.
Les investisseurs étrangers envisageant d’investir en Afrique de l’Ouest peuvent lui préférer la Côte d’Ivoire et le Nigéria.
Au sein même du phare de notre économie, la zone industrielle de Glo Djigbé, l’usine textile et les usines de décorticage de noix de cajou doivent faire face à la rude concurrence des usines, depuis longtemps amorties, respectivement du Bangladesh et du Vietnam.
Enfin, comment ne pas noter le gouffre qui existe entre les populations des villes, branchées sur internet et celle des villages où beaucoup ne maitrisent pas le français et n’arrivent pas à lire, même dans leur langue maternelle.
Pourtant la taille réduite de la population ne devrait pas être un obstacle : que l’on pense à la Suisse avec ses neuf millions d’habitants, grande puissance industrielle européenne !
Comment peut-on lancer le Bénin sur la voie de la prospérité et atteindre les objectifs qualitatifs énumérés par Alafia 2060 ?
Nous avons besoin pour cela d’une croissance à deux chiffres qui ne soit pas provoquée par la continuation d’un endettement de l’Etat qui, à terme, plomberait la croissance.
L’idée de cette tribune est de proposer que le relais soit pris par les opérateurs économiques, par une multitude d’initiatives de petits opérateurs économiques suscitant des progrès minuscules qui feront boule de neige.
Examinons une par une les différentes actions nous permettant d’atteindre ce résultat.
LA MALNUTRITION INFANTILE
Aujourd’hui, un tiers des nourrissons ne reçoivent pas, dans les mille premiers jours suivant la conception, les nutriments dont ils ont besoin pour une croissance normale. Ce manque les suivra toute leur vie avec un handicap en matière de développement cognitif et de résistance aux maladies. Ce sujet a déjà été évoqué lors de la Conférence Internationale sur la Nutrition, organisée sous le parrainage du chef de l’Etat, les 27 et 28 septembre 2025, dont le suivi a été confié à l’Agence Nationale de l’Alimentation et de la Nutrition (ANAN).
Nous préconisons la création de jardins communaux dans les villages, gérés par les femmes, pour l’élevage de poules pondeuses et de poissons, ainsi que la culture de différentes plantes et autres légumes riches en nutriments.
L’ANALPHABETISME
Celui-ci frappe encore 50 % de la population. L’analphabétisme doit être éradiqué comme cela a été réalisé à Cuba ou en Iran.
Cuba dispose d’une méthode « Yo si puedo » déjà transposée en français et qui pourrait être appliquée dans notre pays, y compris avec une transposition dans les différentes langues régionales.
Cette mesure, comme celle concernant la malnutrition infantile, devrait être mise en œuvre dès le premier septennat et parachevée lors du second.
Ces deux mesures devraient permettre de faire rentrer dans la vie économique des pans de la population qui en sont exclus de fait ou y participent peu.
LE PAIEMENT A BONNE DATE DES CREANCES DE L’ETAT
Les dettes de l’Etat à l’égard de ses fournisseurs constituent une sorte de « shadow banking » : il arrive que l’Etat et ses démembrements mettent un an, voire deux, à régler leurs fournisseurs, lesquels doivent se retourner vers le système bancaire pour survivre à ces situations. En clair, ils accordent à l’Etat un crédit fournisseur à 0 %, cependant qu’eux-mêmes s’endettent à 8 ou 9 %, parfois plus, auprès des banques. Bien évidemment, ces fournisseurs, pour assurer leur survie, ont gonflé leurs offres de 20 ou 30 % ; ceux qui ne l’ont pas fait tombent en faillite.
Ce système est fondamentalement malsain et il doit être arrêté dans l’intérêt de tous.
La méthode ? Créer une base de données centralisée permettant de tracer chaque marché de l’Etat en précisant la date d’émission de la facture définitive ou du relevé ; classer en anomalie toute délivrance d’attestation de service fait ou de produit livré supérieur à 30 jours ; puis classer en anomalie tout règlement qui n’aurait pas été effectué dans les 30 jours qui suivent la délivrance de l’attestation.
Il sera certainement nécessaire de créer un mécanisme pour s’assurer que les fonds sont disponibles pour financer chaque activité prévue au budget de l’Etat et de ses démembrements. Un effet vertueux de cette réforme serait que des appels d’offre se feraient à des prix moins élevés dès l’instant où les entreprises privées sauraient qu’elles vont être réglées rapidement.
Sans cette réforme, il n’y aura guère de possibilités de croissance saine des opérateurs économiques tournés vers l’Etat.
L’ENERGIE
Les opérateurs économiques paient leur électricité très cher par rapport à la concurrence internationale, de la Côte d’Ivoire à la Chine.
Développer l’énergie hydroélectrique est une très bonne idée : il faut espérer que le projet Dogo bis sur l’Ouémé soit bientôt lancé.
Bien plus prometteuse est l’option de l’énergie nucléaire, en particulier les mini-centrales nucléaires. Déjà l’Afrique du Sud, le Ruanda et le Cap-Vert se sont lancés dans l’aventure. Il est probable que, dans quatorze ans, l’Afrique de l’Ouest sera parsemée de telles centrales. Nous devons nous y préparer et dès maintenant prévoir une chaire du nucléaire à l’Université Technologique de Ouidah et nous mettre en chasse d’un bon programme PPP avec un grand opérateur fiable.
Une énergie bon marché, stable et sous notre contrôle est indispensable pour l’épanouissement d’un secteur privé industriel béninois solide.
EDUCATION CIVIQUE ET MORALE + EDUCATION A LA VIE ECONOMIQUE
La population adulte béninoise souffre d’un déficit de civisme et d’une méconnaissance des mécanismes économiques.
On reprendrait les choses à la base en intégrant une demi-heure par jour d’éducation civique et morale à partir de l’école primaire. Le CIPB travaille actuellement avec un consultant sur un programme adapté de livres anciens datant d’au moins cent ans, donc de l’époque où c’était une matière fondamentale.
Par ailleurs on s’inspirera de l’ouvrage de l’Américain Thomas SOWELL « Basic Economics » pour donner des éléments de base d’économie pendant tout le secondaire, voire le supérieur.
A l’endroit des populations adultes, le Bénin pourrait développer des séries télévisées imprimant dans l’esprit de nos compatriotes des réflexes civiques.
LE LEVIER FISCAL
Depuis dix ans, la DGI a accompli un travail remarquable de chasse à la fuite devant l’impôt et à la fraude fiscale.
La Direction des impôts doit maintenant se réinventer, sans quoi la pression fiscale sur les entreprises évoluant dans le formel deviendra un frein à la croissance.
Un domaine non exploré est celui du cinéma, secteur qui n’existe pas réellement au Bénin. Pour attirer les grandes productions, l’Afrique du Sud ou le Maroc ont, à l’image de la Belgique avec son « tax shelter », largement défiscalisé ce secteur, créant ainsi de nombreux emplois et du chiffre d’affaires pour les fournisseurs de services chaque fois qu’une production est lancée. Nous avons tout intérêt à adopter ces pratiques fiscales.
L’impôt sur les sociétés est un autre domaine dans lequel certains états se font remarquer, tels que Hong-Kong, Singapour, l’Estonie où le taux est à 15 %. On observe généralement que, lors du passage à ce taux moins élevé, il n’y a pas de perte de recette totale, car des opérateurs économiques vivant dans l’informel préfèrent alors se formaliser à un faible coût plutôt que de vivre dans l’insécurité. Par ailleurs, ce serait un produit d’appel vis-à-vis des investisseurs internationaux qui y verraient un important élément de différenciation avec les autres options de la sous-région.
Bien entendu, l’informel et la fraude n’ont pas disparu. Il serait intéressant d’avoir des relations de travail et d’échanges avec des responsables de la fiscalité dans des pays tels que le Ghana ou l’Inde.
L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
Depuis dix ans, la promotion de l’enseignement professionnel a fait partie des préoccupations du Gouvernement en particulier l’enseignement agricole.
Il conviendrait de continuer dans cette lancée et de promouvoir l’éducation duale comme en Suisse où 80 % des élèves du secondaire n’iront pas vers le baccalauréat classique mais vers une formation professionnelle couplée à l’apprentissage.
CONCLUSION
Le nouveau Président a déclaré que son septennat serait social.
En paraphrasant le proverbe chinois, nous espérons que, plutôt que de nous donner des poissons, il nous apprendra à en pêcher.
Sous le Président Patrice TALON, l’Etat a eu la prééminence par rapport aux opérateurs économiques, grâce à quoi nous avons désormais un socle d’infrastructures matérielles et immatérielles sur lequel nous pouvons nous appuyer.
Nous souhaitons que, sous la nouvelle Présidence, les opérateurs économiques, créateurs de richesses, aient la prééminence, bien entendu sous la gouvernance de l’Etat.
Si cette stratégie réussit, nous ne serons rien de moins qu’un modèle de développement pour toute l’Afrique subsaharienne.







