Provocateur, audacieux et profondément engagé. C’est sous ces traits que s’est dévoilé le roman Au nom du sexe, du fric et du saint plaisir de l’auteur Sènamèdé Gildas Aïzannon. Le roman a été présenté sous le parrainage de la vice-présidente de la République Mariam Talata, le vendredi 04 Avril 2026 au CEG Hubert Maga de Parakou, devant un parterre d’amoureux de la littérature de la commune de Parakou. À travers cette œuvre incisive, l’auteur propose une autopsie saisissante des dérives morales et sociales qui traversent l’Afrique contemporaine.
Calixte Akabassi a levé un coin de voile sur le parcours scolaire, académique et professionnel de l’auteur. Ensuite c’est Gaston Yamaro, le journaliste et consultant-formateur qui va s’atteler à la présentation de l’œuvre. Il a indiqué que dès son titre, le roman annonce la couleur. En détournant la célèbre formule chrétienne « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », l’auteur substitue à cette trinité sacrée une autre, résolument profane : le sexe, le fric et le saint plaisir. Une audace littéraire qui agit comme une provocation assumée destinée à éveiller les consciences.
À travers ce choix symbolique, l’écrivain entend dresser un miroir impitoyable face à une société où la quête du plaisir, de l’argent et du paraître semble parfois supplanter les valeurs fondamentales. Publié aux éditions Fous Sans Frontières, le roman s’inscrit ainsi dans la tradition de la littérature africaine engagée, qui utilise la fiction pour interroger les réalités sociales.
Pour lui, l’originalité de l’œuvre réside dans sa construction narrative ambitieuse, structurée comme un édifice à trois niveaux. D’abord, au rez-de-chaussée, l’auteur plonge le lecteur dans une intrigue policière haletante dominée par des réseaux criminels mêlant cybercriminalité, prostitution et rituels occultes. Le personnage de Sergio « la Vipère » incarne cette face sombre d’un univers où la quête du gain facile conduit parfois aux dérives les plus macabres. À l’étage, le récit se fait plus humain et explore les tensions intérieures des personnages. On y découvre Ganigui, styliste à Parakou, femme courageuse confrontée à un amour interdit avec l’abbé Philémon, partagé entre son sacerdoce et ses sentiments. À travers ces trajectoires individuelles, l’auteur met en lumière les fragilités, les contradictions et les combats intimes d’une société en mutation.
Enfin, au sommet de cette architecture narrative, le roman prend une dimension philosophique et sociale. L’auteur y développe notamment les concepts de « bourgeoisie du sang » et de « dialectique de la sueur », opposant la logique destructrice du gain facile à celle du travail et de la dignité.
Quatre grandes thématiques structurent la réflexion portée par l’ouvrage.
La première est la critique du « saint plaisir », décrit comme une forme d’illusion sociale nourrie par la recherche effrénée du paraître et de la consommation.
La deuxième concerne le fétichisme du gain facile, illustré à travers la cybercriminalité et certaines pratiques occultes qui transforment parfois la vie humaine en simple instrument de richesse.
Face à ces dérives, l’auteur valorise la résistance par le travail, incarnée par des personnages qui trouvent dans l’effort et la terre une voie de salut.
Enfin, le roman met en avant la force et la résilience des femmes. Loin d’être réduites au statut de victimes, des personnages féminins comme Ganigui, Djénéba ou Clara démontrent que la solidarité et l’autonomie peuvent devenir des leviers de reconstruction.
Au-delà de sa dimension critique, « Au nom du sexe, du fric et du saint plaisir » se distingue par son ancrage culturel. Références culinaires, traditions locales et évocations musicales irriguent le récit, offrant au lecteur un univers profondément africain.
L’auteur n’hésite pas non plus à questionner certaines élites politiques et économiques, à travers des personnages symboliques qui incarnent les ambiguïtés du pouvoir, de l’argent et de l’influence.
Si le roman met à nu les dérives d’une société en quête de repères, il ne se limite pas à un constat pessimiste. La conclusion du récit propose une transformation symbolique : la trinité du vice cède la place à une nouvelle devise fondée sur le travail, la terre et la dignité.
Un message particulièrement adressé à la jeunesse africaine, invitée à choisir entre la facilité destructrice et la construction d’un avenir fondé sur l’effort et la responsabilité.
En refermant ce roman, le lecteur comprend que la littérature peut être bien plus qu’un simple divertissement : elle devient un acte de résistance intellectuelle, un appel à la conscience et une invitation à repenser les fondements de nos sociétés, a conclu Gaston Yamaro.
Rappelons que l’auteur Sènamèdé Shègun Aïzannon est originaire d’Abomey analyste politique et acteur public béninois spécialisé dans les questions de gouvernance locale et de développement. Il est docteur en agrosociologie, titre obtenu à l’Université de Parakou, où ses recherches ont porté sur les politiques publiques et l’accès à l’eau potable au Bénin.
Engagé dans la vie publique, il intervient régulièrement dans les débats politiques et analyses sur la gouvernance, la décentralisation et le développement local au Bénin.
Fayçal DRAMANE
