De Agbangnizoun à Pobè, en traversant le cœur agricole du pays, le candidat à la présidentielle du 12 avril a tenu un discours que le monde rural attendait depuis longtemps. Pas des promesses générales sur l’agriculture. Une vision de la structuration sociale du paysan béninois. Une vision qui commence par lui accorder sa dignité.

Dans le Zou, la saison des ignames est déjà là. Dans les champs que traverse la route entre Bohicon et Covè, on voit des hommes courbés sur leur houe depuis l’aurore. Des femmes qui portent des charges sur la tête sous un soleil d’avril qui ne plaisante pas. Des gestes répétés depuis des générations, souvent sans que grand-chose n’ait changé dans les conditions dans lesquelles ils s’accomplissent. Pas de mécanisation. Pas d’intrants certifiés accessibles. Pas de filet social si la récolte est mauvaise. Et quand la récolte est bonne, des prix dictés par les intermédiaires qui avalent la marge.
C’est à ces hommes et à ces femmes que Romuald Wadagni s’est adressé ce jeudi. Non pas du haut d’une estrade, avec des formules générales sur l’importance de l’agriculture – ce discours-là, les paysans béninois l’ont entendu à chaque campagne depuis des décennies, et ils savent ce qu’il vaut. Mais de près, avec la précision de quelqu’un qui était déjà venu, avant le meeting, arpenter les sentiers et s’asseoir dans les cours pour écouter.
« Vous ne devriez pas avoir à choisir entre payer les semences et payer l’école. C’est à l’État de trancher ce dilemme – en votre faveur. Toujours. »
La mécanisation, enfin pensée pour le petit agriculteur
Le premier volet du programme qu’il a détaillé porte sur la mécanisation. Il a pris soin de distinguer ce qu’il propose de ce qui s’est parfois fait dans le passé : des tracteurs distribués à la veille des élections, jamais entretenus, rouillant dans des hangars trois mois après l’inauguration. Ce qu’il envisage, c’est une politique structurée de mise à disposition d’équipements adaptés aux exploitations familiales de taille moyenne – avec un volet formation, un volet maintenance et des mécanismes d’accès financier calés sur les cycles agricoles réels, pas sur les calendriers bancaires.
Dans le même registre : les intrants améliorés. Semences certifiées, engrais adaptés aux sols locaux, produits phytosanitaires accessibles. Le diagnostic est simple : un paysan qui travaille avec de mauvaises semences et sans protection pour ses cultures ne peut pas s’en sortir, quels que soient son courage et son acharnement. La politique agricole doit commencer par là – par ce que le paysan tient dans ses mains.
Une sécurité sociale pour ceux qui nourrissent le pays
Mais l’engagement qui a suscité les réactions les plus vives tient en quelques mots : la mise en place d’une sécurité sociale pour le monde paysan, et son renforcement progressif. Dans un pays où l’agriculture emploie plus de 70 % de la population active, l’absence quasi totale de couverture sociale pour les agriculteurs est une anomalie que plus personne ne justifie vraiment – et que tout le monde perpétue. Wadagni a mis un mot dessus. Un engagement chiffré, articulé, qui ne tient pas en une formule de slogan mais dans un raisonnement qu’il a pris le temps de développer.
Les cadres locaux expliquent, la foule comprend mieux
Comme à chaque étape de la journée, Wadagni a appliqué sa méthode : après sa prise de parole c’est le tour des cadres autochtones qui s’expriment. Dans le contexte du monde agricole, cette pratique prend une dimension supplémentaire. Un responsable agricole de la commune qui explique dans le détail ce qu’il fait avec le soutien du candidat, ce qu’il a obtenu, ce qui a changé pour ses concitoyens – c’est infiniment plus convaincant que n’importe quel discours national. C’est une pédagogie du concret. Et dans les salles qui le jeudi ont accueilli la caravane de Agbangnizoun à Pobè, elle a fonctionné.
Soglo, un repère au stade de Bohicon
À Bohicon, la présence du président Nicéphore Soglo au stade de ladite ville a rappelé – si besoin était – que l’engagement pour le monde rural n’est pas une nouveauté commode de campagne, mais une posture constante. L’ancien chef d’État a dit simplement ce qu’il pensait : « Moi je suis certain de mon fils Romuald Wadagni, c’est un homme d’action et il fera le boulot. » Les paysans qui étaient dans la salle n’ont pas réagi par enthousiasme de façade. Ils ont applaudi avec cette lenteur mesurée qui, dans les campagnes béninoises, signifie qu’on a entendu quelque chose de juste.
« Celui qui produit la nourriture de ce pays ne devrait jamais avoir faim. Ce paradoxe, j’ai honte qu’il existe encore. Je veux être le président qui l’efface. »