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Contrôle des minerais critiques: La méthode chinoise de plus en plus décriée en Afrique

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Aujourd’hui, Pékin contrôle plus de la moitié de la production mondiale de minéraux critiques, près de 90% de leur raffinage et traitement et des étapes stratégiques de la chaîne de valeur. Elle produit aussi près de 70% des terres rares et 95% du traitement lourd nécessaire aux terres rares et autres métaux indispensables aux technologies modernes. Cette domination n’est pas le fruit du hasard : elle est le résultat de décennies de stratégie étatique coordonnée et basée sur des méthodes opaques.

La Chine est passée de 40 mines contrôlées à l’étranger en 1999, à 1250 en 2022. Le modèle chinois repose sur des financements massifs accordés en échange de minerais futurs, appelés accords de Resource-Backed Finance. Ces accords permettent à des Etats pauvres en liquidités de rembourser des prêts par des exportations de minerai. Ces accords existent aujourd’hui en RDC, en Ethiopie, au Soudan, au Zimbabwe ou encore en Guinée. Toutefois, les critiques abondent et dénoncent l’opacité des contrats. Les ressources sont sous-valorisées, les pays africains perdent le contrôle sur leurs propres richesses, et il y a en plus une augmentation du service de la dette africaine. La Banque africaine de développement a explicitement dénoncé ces accords en 2024, pointant leur incapacité à créer de la valeur locale ou à renforcer les économies nationales.

Et pour réduire au silence la concurrence, la Chine a recours à des subventions colossales. Plus de 200 milliards de dollars sont données chaque année aux entreprises chinoises. Personne ne peut rivaliser ni venir sur le terrain gardé par la Chine. Pire : dans ces zones, l’instabilité et la corruption facilitent l’exploitation des travailleurs, la dégradation environnementale et l’affaiblissement des réglementations locales

Les catastrophes ignorées

Les conséquences sociales et environnementales sont déjà dramatiques. En Zambie, des milliers de tonnes de métaux lourds toxiques ont été déversés dans la rivière Kafue par une filiale chinoise en 2025, principale source d’eau pour des millions de personnes. En RDC, plusieurs millions de mètres cubes d’électrolytes ont fui dans les cours d’eau autour du Lubumbashi, poussant les autorités à suspendre les activités d’une entreprise chinoise.

Plus globalement, une enquête menée par d’éminents experts africains dans le domaine des industries extractives a révélé que des acteurs liés à la Chine sont fortement impliqués dans des activités qui contribuent à la dégradation de l’environnement, à l’exploitation minière illégale et à des menaces pour la sécurité alimentaire, la santé et les moyens de subsistance

Réplique  

Face à cette hégémonie, certains pays africains tentent de riposter. Depuis 2023, au moins 13 Etats ont instauré des restrictions à l’exportation de minerais bruts, espérant stimuler la transformation locale.

Les exemples sont encourageants. Au Malawi a interdit l’exportation de minerais non transformés en 2025. Le Kenya, le Nigeria, le Rwanda et la Tanzanie offrent des exonérations de droits de douane pour l’assemblage de véhicules électriques. Quant à la RDC et et à la Zambie, ils ont lancé le long de leurs ceintures minières communes une zone économique spéciale transfrontalière dédiée aux batteries et aux véhicules électriques.

Mais ces efforts se heurtent à des obstacles structurels colossaux : coûts énergétiques élevés, manque d’infrastructures, technologies coûteuses, pénuries d’électricité et manque d’investissements massifs.

Alors, quel avenir les pays africains peuvent-ils entrevoir ? Dans un monde qui dépend toujours plus des technologies vertes, la maîtrise des minerais critiques équivaut à une forme de pouvoir. Et pour le moment, ce pouvoir est presque entièrement concentré entre les mains de Pékin, qui a réussi à faire de l’Afrique non pas un partenaire industriel, mais une arrière-cour de matières premières bon marché au profit de sa propre révolution technologique.

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