La Chine n’est pas un marché « accessoire » pour le Canada ; elle est structurelle au modèle de croissance canadien, à sa stratégie de diversification et à sa compétitivité à long terme.

Pour commencer, le marché chinois est l’un des rares capables d’absorber les exportations canadiennes à grande échelle et aux prix nécessaires pour maintenir le niveau de vie élevé du pays. Du canola et du homard au GNL et aux minéraux critiques, la demande chinoise offre un volume et une dynamique de croissance que l’Europe et même certaines régions d’Asie peinent à fournir.
Quelques semaines après la visite, les importateurs chinois, comme l’a rapporté Reuters, ont acheté jusqu’à 10 cargaisons de canola canadien, soit environ 650 000 tonnes. Cela représente plus de 10 % des importations chinoises de canola en 2024 et environ 26 % de celles de l’année précédente.
De plus, depuis la visite de Carney à Beijing, la Chine a rouvert son marché du bœuf à 20 établissements canadiens agréés, donnant ainsi au Canada accès à l’un des plus grands marchés importateurs de viande au monde. Avant la suspension des exportations en 2021, les exportations canadiennes de bœuf vers la Chine représentaient environ 200 millions de dollars par an.
« Nous sommes heureux de retrouver l’accès au marché chinois, l’un des plus importants pour le bœuf. Chaque marché compte pour les éleveurs canadiens ; cela soutient la résilience et la croissance de notre industrie », a déclaré Tyler Fulton, président de l’Association canadienne des éleveurs de bovins.
La Chine a également rétabli l’accès pour le porc canadien et les génétiques bovines provenant d’installations approuvées, et s’est engagée à accélérer la réouverture de son marché aux produits alimentaires pour animaux de compagnie, y compris les aliments transformés, les conserves, les friandises et les mâchouilles. Ces mesures soutiennent directement les agriculteurs des deux côtes en stimulant la demande, en stabilisant les prix et en créant des débouchés plus fiables.
« Grâce à une approche pragmatique dans notre engagement avec la Chine, nous obtenons des résultats commerciaux tangibles pour les Canadiens. Ces mesures ouvrent un marché majeur pour nos agriculteurs et pêcheurs. Elles créent de nouvelles opportunités pour les entreprises canadiennes et reflètent une approche pratique et tournée vers l’avenir qui soutient l’emploi au pays et maintient la compétitivité du Canada », a déclaré Maninder Sidhu, ministre canadien du Commerce international.
Par ailleurs, alors que Carney cherche à diversifier les exportations énergétiques du Canada au-delà des États-Unis, la demande chinoise en GNL, en carburants plus propres et en minéraux essentiels à la production de batteries et de véhicules électriques devient un levier stratégique. Les exportations canadiennes d’énergie vers la Chine ont déjà fortement augmenté ces dernières années, les livraisons de pétrole brut ayant bondi de 84 % en un an après l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, selon Bloomberg. La Chine est ainsi devenue le premier acheteur de pétrole canadien.
Les capitaux chinois et les partenariats technologiques peuvent également aider à développer les projets canadiens de minéraux critiques. « L’industrie automobile canadienne est un pilier de notre force économique et l’épine dorsale de notre fabrication avancée… Cet accord avec la Chine (conclu lors de la visite de Carney) ouvrira de nouvelles opportunités commerciales et d’investissement, et positionnera le Canada comme un partenaire fiable dans la fabrication des véhicules de prochaine génération », a déclaré Mélanie Joly, ministre de l’Industrie et responsable du Développement économique du Canada pour les régions du Québec.
Un approfondissement des relations CanadaChine permettrait de diversifier les marchés d’exportation, de sorte qu’un tarif imposé par un pays ne se répercute plus aussi brutalement sur les usines et les exploitations agricoles canadiennes. Cela attirerait également de nouveaux investissements susceptibles d’améliorer la productivité et de financer la transition énergétique, notamment dans les infrastructures, la fabrication et les réseaux numériques. En outre, renforcer les liens avec Beijing connecterait davantage les entreprises canadiennes aux chaînes d’approvisionnement asiatiques qui façonneront la croissance mondiale des prochaines décennies, en particulier dans les véhicules électriques, les batteries et les technologies vertes.
Dans un monde fragmenté, les puissances moyennes comme le Canada survivront non pas en s’attachant à une superpuissance, mais en construisant un réseau de relations économiques — et la Chine est trop importante pour être ignorée.
L’auteure, Jianxi Liu, est analyste basée à Beijing, spécialisée en politique et relations internationales. Forte de dix ans d’expérience dans les médias, elle écrit sur les ÉtatsUnis, l’Union européenne et le MoyenOrient.